mercredi 27 août 2008

La menace ouïgoure aux confins de la Chine

Par Arnaud de La Grange, envoyé spécial à Kuqa et Kashgar
26/08/2008
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Contrôle musclé dans une rue de Kashgar au Xinjiang. Cette région de l'extrême Nord-Ouest de la Chine couvre un sixième du territoire. En proie au séparatisme des musulmans ouïgours, elle vient de connaître sa plus grosse bouffée de violences depuis 1997.
Contrôle musclé dans une rue de Kashgar au Xinjiang. Cette région de l'extrême Nord-Ouest de la Chine couvre un sixième du territoire. En proie au séparatisme des musulmans ouïgours, elle vient de connaître sa plus grosse bouffée de violences depuis 1997. Crédits photo : AP

Durant les jeux olympiques, trois attentats ont attiré l'attention sur la minorité séparatiste de l'extrême nord-ouest de la chine.

Les ponts, les montagnes portent souvent mal leur nom. Qu'ils s'appellent «arche de l'Union» ou «pic de l'Amitié» et l'on peut être sûr que la région héberge un joli lot de rancœurs et de divisions. À Kuqa, au cœur de cette ancienne oasis de la route de la soie, le «pont de l'Unité» sépare la vieille ville de la nouvelle. Et, de facto, les quartiers des Ouïgours musulmans et turcophones de ceux des Hans, la principale ethnie chinoise. Les attentats de ces derniers jours n'ont rien arrangé. Le Xinjiang, qui dans l'extrême Nord-Ouest couvre un sixième du territoire de la Chine, vient de connaître sa plus grosse bouffée de violences depuis 1997.

C'est par une belle nuit «olympique» de ce mois d'août 2008 que la violence a rattrapé la tranquille Kuqa, à la lisière du désert du Taklamakan. Une série d'explosions a figé en fracas de verre les façades d'une banque et d'un supermarché, fait couler le sang dans la cour du poste de police où une sentinelle a été tuée. Les cibles étaient toutes des symboles du pouvoir politique ou économique détenu par les Hans. Les fusillades qui ont suivi ont laissé sur le macadam les corps sans vie d'une petite dizaine d'assaillants.

À Pékin, l'affaire n'a guère fait sourire. En ces jours de démonstration de puissance et de stabilité, les soubresauts font tache, fussent-ils aux marches de l'empire. D'autant que quelques jours plus tôt, une attaque avait déjà causé la mort de 16 policiers à Kashgar, quelques centaines de kilomètres plus à l'ouest. Et que deux jours plus tard, trois policiers étaient encore tués sur un check-point, toujours près de Kashgar. Trois actions visiblement destinées à exploiter l'exposition médiatique des JO, alors que Pékin a répété à l'envi que la principale menace pesant sur les Jeux émanait de «terroristes ouïgours» du Xinjiang.

Près de la vieille mosquée de Kuqa, on fait le gros dos. La veille, les forces de sécurité ont fermé les échoppes du bazar et fouillé les petits hôtels. Quincaillier, Mehmet confie que les Hans ne passent jamais la porte de sa boutique poussiéreuse. «Avant, cela arrivait rarement, mais depuis qu'ils ont déménagé toutes les administrations dans la nouvelle ville, c'est fini. Il ne reste plus que le Bureau des céréales, de notre côté.» Pékin a objectivement débloqué des sommes considérables pour développer le Xinjiang, mais les Ouïgours se sentent exclus du mouvement, marginalisés. «Au Xinjiang, les Hans prennent l'avion, et les Ouïgours le train ou le bus», lance désabusé Alim, vitrier. Un ancien militaire chinois, arrivé dans la région en 1991 et reconverti avec bonheur dans le charbon, reconnaît les mesures vexatoires dont les Ouïgours font les frais : «Aux barrages, un Han devra au pire ouvrir le coffre de sa voiture. Un Ouïgour subira un sévère contrôle d'identité… ou ne passera pas.»

À l'écart des étapes touristiques obligées de la route de la soie, Kuqa concentre toutes les richesses, mais aussi tous les problèmes de la «nouvelle frontière» chinoise, le sens du nom Xinjiang. Dans ces contrées à la confluence de tant de peuples et d'empires, les arts et les religions ont voyagé dans les bagages des grandes caravanes marchandes. Au cœur aujourd'hui de la Chine musulmane, Kuqa vit naître au IVe siècle Kumarajiva, fils d'un Indien et d'une princesse du cru, qui devint le grand traducteur du canon bouddhique en chinois. L'islam, qui a progressé plus tard dans la région, a fini par devenir synonyme d'insoumission. De la fin du XIXe au milieu du XXe siècle, une succession de soulèvements ont porté le nom de Turkestan, dont se revendique aujourd'hui un mouvement islamiste désigné par Pékin comme sa bête noire. Mais le Turkestan indépendant proclamé par Yaqub Beg en 1865 comme la République du Turkestan oriental instaurée par Osman le Kazakh en 1945 eurent de courtes vies. Et depuis 1949, le régime communiste s'emploie à plaquer l'éteignoir sur des velléités d'émancipation réveillées dans les années 1990. Les huit millions d'Ouïgours, qui formaient jadis 90 % de la population de la région, se sentent asphyxiés par les Hans, qui après une massive politique de colonisation intérieure, en représentent environ 50 % aujourd'hui.

Carrefour mythique de la route de la soie

L'autre symbole de Kuqa, ce sont ces torchères des champs pétroliers et gaziers qui projettent en ombres et lumières la modernité sur l'écran jaune de l'immensité désertique. Le Xinjiang détient 30 % des réserves en pétrole de la Chine et 35 % de celles de gaz. La découverte de nouveaux champs dans le Sud, justement du côté de Kuqa, a fait exploser la production. «Elle a été multipliée par cinq depuis 2002», commente Yao Jian Xin, patron du développement de la région autonome du Xinjiang à Urumqi, qui tient à rappeler que «récemment, la directive N° 32 du Conseil d'État a défini 40 mesures pour le développement du Xinjiang, notamment du Sud et de la région de Kashgar. Pour nous, le critère de réussite, ce sera le degré de développement des minorités». Certes. Mais les trois subordonnés qui l'entourent pendant l'entretien, comme les employés croisés dans les couloirs, sont tous des Hans.

Kashgar, justement, carrefour mythique de la route de la soie, a perdu quelques jolis pans de son âme centre-asiatique. Ce n'est plus le désert qui grignote les charmantes ruelles en terre battue, mais les nouveaux magasins et restaurants aux vilaines façades carrelées. La grande mosquée aux murs jaunes d'Id Kah, fraîchement repeinte pour le passage de la flamme olympique, est ceinturée d'une esplanade sans charme où un écran géant égrène des niaiseries. Mais au cœur du nouveau «grand jeu» commercial d'Asie centrale, le bazar, garde sa magie. On peut y croiser d'ex-doctoresses kazakhes reconverties dans le commerce de chaussures ou des marchands d'électronique pakistanais en transit entre Canton et Islamabad. Et, peut-être, des activistes en maraude.

Peuplée encore en grande majorité d'Ouïgours, la ville est considérée par Pékin comme le principal foyer subversif de la région. «Ici, on dit que quand on tape sur le fond, c'est toute la marmite qui vibre, commente un commerçant ouïgour, le problème de ces attentats commis par quelques-uns, c'est que cela remet la pression sur tout le monde.» Les autorités chinoises pointent du doigt le «Mouvement islamique du Turkestan oriental» (Etim), qu'elles ont fait inscrire sur la liste noire du terrorisme de l'ONU après le 11 Septembre. Elles l'accusent d'être liée à al-Qaida et affirment avoir arrêté des terroristes étrangers, sans guère fournir de preuves.

«Al-Qaida, c'est juste une rumeur»

À un jet de pierre des frontières afghanes et pakistanaises, les connexions sont inévitables. Des Ouïgours ont combattu aux côtés des talibans et certains se sont même retrouvés à Guantanamo. On parle aujourd'hui d'un camp dans les montagnes pakistanaises où s'entraîneraient des activistes ouïgours. Des liens cultivés aussi avec les extrémistes du Mouvement islamique d'Ouzbékistan. Tout cela est possible, mais ne fait pas du Xinjiang un nouveau champ de bataille du djihad international. On n'a d'ailleurs guère entendu les grands hérauts d'al-Qaida appeler à la guerre sainte contre la Chine. Ben Laden, al-Zawahiri ont d'autres «apostats» à fouetter.

Le bilan de l'attaque de Kuqa comme les moyens employés, en disent long sur le professionnalisme des attaquants. Les victimes sont presque toutes les assaillants. Un tricycle devait forcer la barrière du commissariat et les «bombes» étaient de petites bombonnes de gaz bricolées. Si ces activistes ont un lien de parenté avec al-Qaida, alors il s'agit de cancres de l'école djihadiste. Et l'on voit mal comment ils pourraient porter le fer ou le feu dans la capitale chinoise. «Les lanceurs de bombes étaient paraît-il très jeunes, avec deux femmes parmi eux, confie un étudiant, il y a des jeunes qui ne tolèrent plus le statut de citoyen de seconde zone, au moins économiquement. Et qui peuvent se laisser tenter par des aventures radicales». Des aventures qui, hors période JO, rencontrent peu d'échos. Les Ouïgours souffraient déjà de n'avoir jamais eu de «dalaï-lama» pour populariser leur combat à l'étranger. Depuis 2001, les «causes» musulmanes ont encore plus de mal à séduire les opinions occidentales.

L'étiquette djihadiste permet de diaboliser le nationalisme ouïgour. «Al-Qaida, c'est juste une rumeur pour serrer un peu plus la vis», assure un jeune étudiant. Et les rumeurs, les vastes étendues du Xinjiang leur ont toujours offert de l'espace pour de grandes courses. Dans les années 1930, le bruit courait que Lawrence d'Arabie avait gagné le Xinjiang pour défendre les intérêts de la Couronne et damer le pion aux Russes. Le «prince du désert» s'était déjà tué depuis longtemps à moto sur une route d'Angleterre qu'on le signalait encore faisant le coup de feu dans les dunes du Taklamakan…

Source: http://www.lefigaro.fr/international/2008/08/20/01003-20080820ARTFIG00559-la-menace-ouigoure-aux-confins-de-la-chine-.php

jeudi 21 août 2008

Où sont les Ouïgour ?

Hier, je suis parti à la rencontre des Ouïgour de Pékin. Musulmans turcophones de la lointaine province du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, ils n'ont pas bonne presse à Pékin. Le gouvernement s'en méfie : avant même le début des Jeux, le pouvoir avait mis en garde ses citoyens contre la dangerosité représentée par un mouvement islamiste du Xinjiang, groupe accusé de longue date par Chinois et Américains d'avoir partie liée avec Al-Qaida. Et nombre de Pékinois n'aiment pas beaucoup ces Ouïgour qu'ils accusent souvent d'être des voleurs et des dealers d'héroïne.

Pour couronner le tout, trois attentats que le régime leur attribue sont venus bousculer la Chine avant et pendant les Jeux olympiques.

Le 4 août, notamment, seize gardes-frontières ont péri lors d'une attaque perpétrée par des Ouïgour à Kashgar, une ville située à la frontière afghano-pakistanaise. La conséquence en est qu'à Pékin, l'heure est plutôt à la paranoïa chez les musulmans du Xinjiang. Certains seraient rentrés dans leur lointaine et désertique province. D'autres sont suivis, harcelés par la police. Pour tenter de vérifier ces rumeurs, je me suis rendu dans un restaurant musulman ouïgour situé tout près de la représentation pékinoise du gouvernement provincial du Xinjiang. La salle était presque vide. J'ai appelé l'une des serveuses et je lui ai demandé si elle était ouïgour. Pas de chance : elle était han - l'ethnie chinoise majoritaire - mais originaire du Xinjiang (les colons han représentent aujourd'hui presque la moitié de la population de cette province). Bref, tout cela ne faisait pas mon affaire...

Fuyant le restaurant ouïgour sans Ouïgour, j'ai pris la direction de la rue du boeuf - Niu Jie -, où est située la plus belle et la plus connue des soixante-huit mosquées de la capitale. Construite au Xe siècle durant la dynastie des Song, elle a survécu à la révolution culturelle. Pour l'observateur non averti, elle ressemble à une pagode aux toits recourbés, tant le style des vieilles mosquées a été sinisé en Chine après l'arrivée de l'islam.

J'y ai rencontré un vieux monsieur hui - une ethnie de musulmans chinois s'exprimant en mandarin et qui n'ont aucune parenté ethnique avec les Ouïgour. L'homme, petite barbichette et calotte blanche, m'a désigné en baissant la voix un type bedonnant qui rôdait devant la salle de prière : "C'est un policier en civil, un Ouïgour, qui a été assigné à la mosquée durant les Jeux afin de pouvoir écouter ceux de son ethnie qui viennent prier ici." Le flic m'a jeté un regard torve, j'ai fait semblant de me plonger dans mon guide.

Je me suis ensuite rendu dans un "vrai" restaurant ouïgour avec de "vraies" serveuses ouïgour. Dans une salle immaculée aux dominantes vertes, couleur de l'islam, on m'a servi un excellent plat de poulet aux poivrons et au gingembre. Les jeunes serveuses m'ont confirmé leurs origines : oui, elles étaient bien ouïgour. Quand j'ai demandé à l'une d'elles si elle se sentait surveillée en ce moment ou si la police était venue vérifier leurs identités, elle est presque partie en courant en s'écriant : "Je ne sais pas !"... Le repas fini, je me suis éclipsé sous le regard un peu lourd du patron, un barbu à l'air pas commode. On n'est pas dans une époque idéale pour une enquête de fond.

mercredi 20 août 2008

Au Xinjiang, les symboles chinois ont la vie dure

Une série d'attentats a eu lieu ces dernières semaines dans la province dominée par les populations ouïgoures. Ces attaques marquent un changement dans la stratégie des séparatistes dans une région qui aspire à plus d'autonomie face au pouvoir chinois.
A Kuqa, une femme cherche des biens dans les ruines de l'explosion qui a eu lieu le 11 août 2008
DR
En huit jours, la région autonome ouïgoure du Xinjiang a été le théâtre d'attentats dans trois villes différentes. Tous visaient directement les symboles du pouvoir chinois dans cette région musulmane. Au total, ils ont fait 18 blessés et 30 morts, dont 20 membres des forces de l'ordre. Ces attaques, dont la presse chinoise n'a rendu compte que très brièvement, marquent un tournant dans la situation au Xinjiang et pourraient très prochainement déboucher sur une répression spectaculaire, selon des analyses publiées à Hong Kong et à Singapour.

"Il s'agit des attentats ayant causé le plus grand nombre de victimes parmi les forces de l'ordre chinoises au cours des quarante dernières années, et, selon les autorités chinoises, ils sont liés au djihad", souligne le Lianhe Zaobao. Le 4 août, 16 membres de la police militaire avaient été tués à Kachgar, dans une attaque perpétrée par deux Ouïgours qui se sont rués sur eux au volant d'un camion, avant de les attaquer au moyen de bombes artisanales et de couteaux. Le 10 août, une quinzaine de Ouïgours ont attaqué des bâtiments gouvernementaux et des commerces, provoquant une dizaine d'explosions à Kuqa, ville située entre Ouroumtsi et Kachgar. Le quotidien singapourien ajoute que, d'après le Congrès ouïgour mondial, 90 arrestations auraient déjà eu lieu.

"Le succès des efforts menés par la Chine pour éliminer les poches de rébellion au Xinjiang musulman a peut-être poussé un mouvement accusé d'être séparatiste à passer la frontière vers le Pakistan et l'Afghanistan, l'exposant ainsi à une plus forte influence du djihad", écrit de son côté le magazine hongkongais Asia Times Online. Les attentats n'ont pas été revendiqués, mais attribués par des spécialistes chinois du terrorisme au Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM), un groupe accusé de visées séparatistes. L'article cite le directeur de l'Institut international d'études stratégiques de l'université Qinghua, à Pékin, Chu Shulong, selon lequel "on a vu cette année l'émergence de nouvelles tactiques de la part des insurgés. Ils ne visent plus des civils en plaçant des bombes dans des autobus, comme dans les années 1990, mais s'attaquent à des employés du gouvernement, à l'armée et à la police. Ils ont pour but de mettre la population de leur côté."

Cette stratégie a suscité une réponse très ferme de la part du secrétaire du Parti de la région, Wang Lequan, qui aurait déclaré lors d'une réunion des cadres régionaux que la "guerre contre les ‘trois forces du mal' – les groupes prônant le terrorisme, le séparatisme et l'extrémisme religieux – s'apparentait à une lutte à mort à long terme". Selon l'analyste Willy Lam, qui écrit dans le webzine hongkongais Asia Sentinel, "dès qu'on en aura fini avec les embarrassants Jeux olympiques, une pluie d'acier se déversera sur les régions rebelles. Des sources diplomatiques dans la capitale chinoise affirment qu'une opération militaire de grande ampleur sera lancée dès la fin des compétitions, le 23 août, quand le monde n'aura plus les yeux fixés sur la situation des droits de l'homme en Chine, en particulier sur le piètre traitement des minorités ouïgoures au Xinjiang."

Dès avant le début des Jeux, les autorités chinoises avaient désigné les mouvements "séparatistes" ouïgours comme la plus grande menace potentielle pour la sécurité des compétitions. Or la sérénité des Jeux constitue actuellement "un objectif plus important que tout", affirme Tianshan Wang, un site d'information officiel chinois du Xinjiang. "C'est pourquoi non seulement nous allons renforcer les contrôles et élever notre niveau d'alerte, mais nous ferons également tout pour ne pas laisser la moindre occasion au terrorisme et au séparatisme de relever la tête, afin d'assurer le succès des Jeux." En attendant d'user de la manière forte, un quotidien local du Parti communiste, Akesu Ribao, a annoncé que la police du Xinjiang verserait une prime de 200 000 yuans (20 000 euros) à qui fournirait des informations permettant de déjouer des attentats visant les Jeux olympiques.
Agnès Gaudu

Source: http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=88527

samedi 16 août 2008

Au Xinjiang, les Jeux sont fades

Pour les Ouïgours, ethnie majoritaire de cette province à l’extrême nord-ouest de la Chine, les JO sont avant tout synonymes de contrainte.
Envoyé spécial à Kashgar Abel SEGRéTIN
QUOTIDIEN : samedi 16 août 2008

Sur la grand-place de Kashgar, à plus de 3 000 kilomètres de Pékin, un écran géant ultramoderne d’une dizaine de mètres de haut a été érigé entre la mosquée et le bazar. On y diffuse chaque soir les JO. Les slogans de propagande appelant à l’unité nationale agrémentent ensuite le bulletin d’informations. Les commentaires sont doublés en ouïgour, la langue du Xinjiang, cette très grande province chinoise d’Asie centrale. Des images montrent une «famille modèle» d’Ouïgours béats devant leur téléviseur, dans leur appartement minuscule. Ils sont habillés en costume de fête à paillettes, normalement utilisés pour les grandes occasions. Commentaire : «La minorité ethnique ouïgoure est heureuse d’assister aux JO à la télévision et d’être reliée à Pékin

Jet de pierres. Sur la place pourtant, la foule est clairsemée et beaucoup passent devant l’écran sans le regarder. Le volume des haut-parleurs est si fort qu’il couvre l’appel à la prière du muezzin.«C’est très impoli, ils ne comprennent pas notre culture. Alors, ceux qui aiment le sport vont le regarder ailleurs», remarque un riverain, de l’ethnie ouïgoure majoritaire dans les environs. Il y a quelques semaines, un groupe de jeunes locaux a même jeté des pierres sur cet écran-ovni qui a transformé leur centre-ville. Ailleurs dans les rues, les télés des échoppes et salons de thé sont branchées sur des feuilletons en langue locale, plus souvent que sur les Jeux. «Quand j’entends le mot "olympique", cela m’évoque toutes les mesures qui nous empêchent de vivre normalement»,dit Nadira, mère de famille.

Depuis quelques mois, des mesures de «sécurité olympique» très contraignantes ont été mises en place dans la région, encore renforcées après la série d’attentats attribués à des séparatistes. Dans les gares et les aéroports, les bagages sont inspectés plusieurs fois ; sur les routes, des check points sont installés tous les 30 kilomètres. Les contrôles d’identité à domicile sont fréquents. Quand la flamme est passée par Kashgar, commerces et bureaux de la ville ont été obligés de fermer, et les habitants priés de rester chez eux. Seul un petit groupe de 3 000 personnes triées sur le volet a été «invité» à acclamer le «feu sacré» sous l’œil des caméras de télévision et de surveillance.

«Visas». Première victime des JO, le tourisme. «On a perdu les trois quarts de notre chiffre d’affaires cette année, dit un guide, il y a eu des restrictions sur les visas des étrangers, les autorités refusent des autorisations pour se rendre sur certains sites touristiques, et les Hans [ethnie majoritaire chinoise, ndlr] ont peur de venir.» Abdul, un étudiant en chinois passionné de sport, explique : «Les JO sont un grand moment, mais à la télévision et dans la rue, on a l’impression que c’est pour faire de la pub au pays. On ne voit que des drapeaux rouges. D’ailleurs, les athlètes des minorités ethniques n’ont presque aucune chance d’être sélectionnés. Mais pour moi, que ce soit la Chine, les Etats-Unis ou un autre pays qui remporte le plus de médailles, ça ne fait aucune différence. L’important c’est le sport.»

Source: http://www.liberation.fr/actualite/monde/345522.FR.php

Ouverture des JO: les 56 ethnies chinoises n'étaient qu'une


Des enfants paradent avec le drapeau chinois pendant la cérémonie d'ouverture le 8 août 2008 à Pékin

PEKIN (AFP) — Déjà entachée de truquages, la spectaculaire cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Pékin a mis en scène des enfants faussement présentés comme issus des 56 ethnies officielles de la Chine.

Les petits danseurs qui ont défilé dans le stade national étaient en fait tous de la communauté majoritaire han, même s'ils portaient un vêtement traditionnel tibétain, mongol, ouïghour, miao ou mandchou.

Interrogé vendredi sur la question, le vice-président du comité d'organisation a estimé que la presse était "trop pointilleuse".

"Je ne vois pas en quoi le lieu d'origine des enfants pose problème", a déclaré Wang Wei.

Au soir du 8 août, dans le "Nid d'oiseau", les 56 bambins habillés de tenues colorées avaient encadré la procession d'un grand drapeau chinois.

La scène diffusée par les télévisions du monde entier devait en théorie montrer la mosaïque de populations formant la Chine, pays le plus peuplé du monde qui s'étend de l'Asie centrale jusqu'à l'océan Pacifique.

Le programme officiel distribué à la presse étrangère mentionnait la chose suivante: "Cinquante-six enfants des 56 groupes ethniques chinois entourent le drapeau national chinois, représentant les 56 groupes ethniques".

Mais ils étaient tous des Hans, l'ethnie qui représente environ 90% des Chinois, a expliqué Yuan Zhifeng, directeur-adjoint de la compagnie de danse Galaxy.

Ils étaient "très naturels et mignons", a-t-il déclaré au quotidien Wall Street Journal.

D'importantes différences culturelles, linguistiques et religieuses existent entre les ethnies chinoises. En outre, les populations de l'extrême ouest, comme les Kazakhs, les Kirghizes ou les Ouïghours, peuvent avoir un physique indo-européen avec des yeux bleus.

M. Wang a démenti toute tricherie en assurant qu'il était coutumier en Chine d'habiller les enfants de tenues traditionnelles régionales pour des fêtes, même si cela ne correspond pas à leur lieu de naissance.

"C'est tout à fait habituel pour un spectacle chinois", a-t-il affirmé.

Cette affaire, qui survient au moment où la Chine a fort à faire avec des minorités rebelles au Tibet ou au Xinjiang (province des Ouïghours), pourrait constituer la troisième controverse ternissant la cérémonie chorégraphiée par le réalisateur Zhang Yimou.

Les organisateurs des Jeux ont déjà dû concéder que le programme télévisé comportait des images truquées et prémontées de feux d'artifice.

Le directeur musical du spectacle a ensuite reconnu qu'une fillette chinoise qui avait chanté lors de la cérémonie l'avait fait en play-back, la véritable chanteuse n'étant pas assez jolie pour passer à l'écran.

Les organisateurs ont par ailleurs fini par admettre cette semaine qu'une célèbre danseuse chinoise avait été victime d'un "grave" accident lors d'une répétition de la soirée.

Liu Yan, 26 ans, étoile de la danse traditionnelle chinoise, est restée "paralysée", selon une source impliquée dans le spectacle.

Source: http://afp.google.com/article/ALeqM5hdwN-W8MNCebkcTpMR87Ks-3xXzg