mercredi 27 août 2008

La menace ouïgoure aux confins de la Chine

Par Arnaud de La Grange, envoyé spécial à Kuqa et Kashgar
26/08/2008
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Contrôle musclé dans une rue de Kashgar au Xinjiang. Cette région de l'extrême Nord-Ouest de la Chine couvre un sixième du territoire. En proie au séparatisme des musulmans ouïgours, elle vient de connaître sa plus grosse bouffée de violences depuis 1997.
Contrôle musclé dans une rue de Kashgar au Xinjiang. Cette région de l'extrême Nord-Ouest de la Chine couvre un sixième du territoire. En proie au séparatisme des musulmans ouïgours, elle vient de connaître sa plus grosse bouffée de violences depuis 1997. Crédits photo : AP

Durant les jeux olympiques, trois attentats ont attiré l'attention sur la minorité séparatiste de l'extrême nord-ouest de la chine.

Les ponts, les montagnes portent souvent mal leur nom. Qu'ils s'appellent «arche de l'Union» ou «pic de l'Amitié» et l'on peut être sûr que la région héberge un joli lot de rancœurs et de divisions. À Kuqa, au cœur de cette ancienne oasis de la route de la soie, le «pont de l'Unité» sépare la vieille ville de la nouvelle. Et, de facto, les quartiers des Ouïgours musulmans et turcophones de ceux des Hans, la principale ethnie chinoise. Les attentats de ces derniers jours n'ont rien arrangé. Le Xinjiang, qui dans l'extrême Nord-Ouest couvre un sixième du territoire de la Chine, vient de connaître sa plus grosse bouffée de violences depuis 1997.

C'est par une belle nuit «olympique» de ce mois d'août 2008 que la violence a rattrapé la tranquille Kuqa, à la lisière du désert du Taklamakan. Une série d'explosions a figé en fracas de verre les façades d'une banque et d'un supermarché, fait couler le sang dans la cour du poste de police où une sentinelle a été tuée. Les cibles étaient toutes des symboles du pouvoir politique ou économique détenu par les Hans. Les fusillades qui ont suivi ont laissé sur le macadam les corps sans vie d'une petite dizaine d'assaillants.

À Pékin, l'affaire n'a guère fait sourire. En ces jours de démonstration de puissance et de stabilité, les soubresauts font tache, fussent-ils aux marches de l'empire. D'autant que quelques jours plus tôt, une attaque avait déjà causé la mort de 16 policiers à Kashgar, quelques centaines de kilomètres plus à l'ouest. Et que deux jours plus tard, trois policiers étaient encore tués sur un check-point, toujours près de Kashgar. Trois actions visiblement destinées à exploiter l'exposition médiatique des JO, alors que Pékin a répété à l'envi que la principale menace pesant sur les Jeux émanait de «terroristes ouïgours» du Xinjiang.

Près de la vieille mosquée de Kuqa, on fait le gros dos. La veille, les forces de sécurité ont fermé les échoppes du bazar et fouillé les petits hôtels. Quincaillier, Mehmet confie que les Hans ne passent jamais la porte de sa boutique poussiéreuse. «Avant, cela arrivait rarement, mais depuis qu'ils ont déménagé toutes les administrations dans la nouvelle ville, c'est fini. Il ne reste plus que le Bureau des céréales, de notre côté.» Pékin a objectivement débloqué des sommes considérables pour développer le Xinjiang, mais les Ouïgours se sentent exclus du mouvement, marginalisés. «Au Xinjiang, les Hans prennent l'avion, et les Ouïgours le train ou le bus», lance désabusé Alim, vitrier. Un ancien militaire chinois, arrivé dans la région en 1991 et reconverti avec bonheur dans le charbon, reconnaît les mesures vexatoires dont les Ouïgours font les frais : «Aux barrages, un Han devra au pire ouvrir le coffre de sa voiture. Un Ouïgour subira un sévère contrôle d'identité… ou ne passera pas.»

À l'écart des étapes touristiques obligées de la route de la soie, Kuqa concentre toutes les richesses, mais aussi tous les problèmes de la «nouvelle frontière» chinoise, le sens du nom Xinjiang. Dans ces contrées à la confluence de tant de peuples et d'empires, les arts et les religions ont voyagé dans les bagages des grandes caravanes marchandes. Au cœur aujourd'hui de la Chine musulmane, Kuqa vit naître au IVe siècle Kumarajiva, fils d'un Indien et d'une princesse du cru, qui devint le grand traducteur du canon bouddhique en chinois. L'islam, qui a progressé plus tard dans la région, a fini par devenir synonyme d'insoumission. De la fin du XIXe au milieu du XXe siècle, une succession de soulèvements ont porté le nom de Turkestan, dont se revendique aujourd'hui un mouvement islamiste désigné par Pékin comme sa bête noire. Mais le Turkestan indépendant proclamé par Yaqub Beg en 1865 comme la République du Turkestan oriental instaurée par Osman le Kazakh en 1945 eurent de courtes vies. Et depuis 1949, le régime communiste s'emploie à plaquer l'éteignoir sur des velléités d'émancipation réveillées dans les années 1990. Les huit millions d'Ouïgours, qui formaient jadis 90 % de la population de la région, se sentent asphyxiés par les Hans, qui après une massive politique de colonisation intérieure, en représentent environ 50 % aujourd'hui.

Carrefour mythique de la route de la soie

L'autre symbole de Kuqa, ce sont ces torchères des champs pétroliers et gaziers qui projettent en ombres et lumières la modernité sur l'écran jaune de l'immensité désertique. Le Xinjiang détient 30 % des réserves en pétrole de la Chine et 35 % de celles de gaz. La découverte de nouveaux champs dans le Sud, justement du côté de Kuqa, a fait exploser la production. «Elle a été multipliée par cinq depuis 2002», commente Yao Jian Xin, patron du développement de la région autonome du Xinjiang à Urumqi, qui tient à rappeler que «récemment, la directive N° 32 du Conseil d'État a défini 40 mesures pour le développement du Xinjiang, notamment du Sud et de la région de Kashgar. Pour nous, le critère de réussite, ce sera le degré de développement des minorités». Certes. Mais les trois subordonnés qui l'entourent pendant l'entretien, comme les employés croisés dans les couloirs, sont tous des Hans.

Kashgar, justement, carrefour mythique de la route de la soie, a perdu quelques jolis pans de son âme centre-asiatique. Ce n'est plus le désert qui grignote les charmantes ruelles en terre battue, mais les nouveaux magasins et restaurants aux vilaines façades carrelées. La grande mosquée aux murs jaunes d'Id Kah, fraîchement repeinte pour le passage de la flamme olympique, est ceinturée d'une esplanade sans charme où un écran géant égrène des niaiseries. Mais au cœur du nouveau «grand jeu» commercial d'Asie centrale, le bazar, garde sa magie. On peut y croiser d'ex-doctoresses kazakhes reconverties dans le commerce de chaussures ou des marchands d'électronique pakistanais en transit entre Canton et Islamabad. Et, peut-être, des activistes en maraude.

Peuplée encore en grande majorité d'Ouïgours, la ville est considérée par Pékin comme le principal foyer subversif de la région. «Ici, on dit que quand on tape sur le fond, c'est toute la marmite qui vibre, commente un commerçant ouïgour, le problème de ces attentats commis par quelques-uns, c'est que cela remet la pression sur tout le monde.» Les autorités chinoises pointent du doigt le «Mouvement islamique du Turkestan oriental» (Etim), qu'elles ont fait inscrire sur la liste noire du terrorisme de l'ONU après le 11 Septembre. Elles l'accusent d'être liée à al-Qaida et affirment avoir arrêté des terroristes étrangers, sans guère fournir de preuves.

«Al-Qaida, c'est juste une rumeur»

À un jet de pierre des frontières afghanes et pakistanaises, les connexions sont inévitables. Des Ouïgours ont combattu aux côtés des talibans et certains se sont même retrouvés à Guantanamo. On parle aujourd'hui d'un camp dans les montagnes pakistanaises où s'entraîneraient des activistes ouïgours. Des liens cultivés aussi avec les extrémistes du Mouvement islamique d'Ouzbékistan. Tout cela est possible, mais ne fait pas du Xinjiang un nouveau champ de bataille du djihad international. On n'a d'ailleurs guère entendu les grands hérauts d'al-Qaida appeler à la guerre sainte contre la Chine. Ben Laden, al-Zawahiri ont d'autres «apostats» à fouetter.

Le bilan de l'attaque de Kuqa comme les moyens employés, en disent long sur le professionnalisme des attaquants. Les victimes sont presque toutes les assaillants. Un tricycle devait forcer la barrière du commissariat et les «bombes» étaient de petites bombonnes de gaz bricolées. Si ces activistes ont un lien de parenté avec al-Qaida, alors il s'agit de cancres de l'école djihadiste. Et l'on voit mal comment ils pourraient porter le fer ou le feu dans la capitale chinoise. «Les lanceurs de bombes étaient paraît-il très jeunes, avec deux femmes parmi eux, confie un étudiant, il y a des jeunes qui ne tolèrent plus le statut de citoyen de seconde zone, au moins économiquement. Et qui peuvent se laisser tenter par des aventures radicales». Des aventures qui, hors période JO, rencontrent peu d'échos. Les Ouïgours souffraient déjà de n'avoir jamais eu de «dalaï-lama» pour populariser leur combat à l'étranger. Depuis 2001, les «causes» musulmanes ont encore plus de mal à séduire les opinions occidentales.

L'étiquette djihadiste permet de diaboliser le nationalisme ouïgour. «Al-Qaida, c'est juste une rumeur pour serrer un peu plus la vis», assure un jeune étudiant. Et les rumeurs, les vastes étendues du Xinjiang leur ont toujours offert de l'espace pour de grandes courses. Dans les années 1930, le bruit courait que Lawrence d'Arabie avait gagné le Xinjiang pour défendre les intérêts de la Couronne et damer le pion aux Russes. Le «prince du désert» s'était déjà tué depuis longtemps à moto sur une route d'Angleterre qu'on le signalait encore faisant le coup de feu dans les dunes du Taklamakan…

Source: http://www.lefigaro.fr/international/2008/08/20/01003-20080820ARTFIG00559-la-menace-ouigoure-aux-confins-de-la-chine-.php

jeudi 21 août 2008

Où sont les Ouïgour ?

Hier, je suis parti à la rencontre des Ouïgour de Pékin. Musulmans turcophones de la lointaine province du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, ils n'ont pas bonne presse à Pékin. Le gouvernement s'en méfie : avant même le début des Jeux, le pouvoir avait mis en garde ses citoyens contre la dangerosité représentée par un mouvement islamiste du Xinjiang, groupe accusé de longue date par Chinois et Américains d'avoir partie liée avec Al-Qaida. Et nombre de Pékinois n'aiment pas beaucoup ces Ouïgour qu'ils accusent souvent d'être des voleurs et des dealers d'héroïne.

Pour couronner le tout, trois attentats que le régime leur attribue sont venus bousculer la Chine avant et pendant les Jeux olympiques.

Le 4 août, notamment, seize gardes-frontières ont péri lors d'une attaque perpétrée par des Ouïgour à Kashgar, une ville située à la frontière afghano-pakistanaise. La conséquence en est qu'à Pékin, l'heure est plutôt à la paranoïa chez les musulmans du Xinjiang. Certains seraient rentrés dans leur lointaine et désertique province. D'autres sont suivis, harcelés par la police. Pour tenter de vérifier ces rumeurs, je me suis rendu dans un restaurant musulman ouïgour situé tout près de la représentation pékinoise du gouvernement provincial du Xinjiang. La salle était presque vide. J'ai appelé l'une des serveuses et je lui ai demandé si elle était ouïgour. Pas de chance : elle était han - l'ethnie chinoise majoritaire - mais originaire du Xinjiang (les colons han représentent aujourd'hui presque la moitié de la population de cette province). Bref, tout cela ne faisait pas mon affaire...

Fuyant le restaurant ouïgour sans Ouïgour, j'ai pris la direction de la rue du boeuf - Niu Jie -, où est située la plus belle et la plus connue des soixante-huit mosquées de la capitale. Construite au Xe siècle durant la dynastie des Song, elle a survécu à la révolution culturelle. Pour l'observateur non averti, elle ressemble à une pagode aux toits recourbés, tant le style des vieilles mosquées a été sinisé en Chine après l'arrivée de l'islam.

J'y ai rencontré un vieux monsieur hui - une ethnie de musulmans chinois s'exprimant en mandarin et qui n'ont aucune parenté ethnique avec les Ouïgour. L'homme, petite barbichette et calotte blanche, m'a désigné en baissant la voix un type bedonnant qui rôdait devant la salle de prière : "C'est un policier en civil, un Ouïgour, qui a été assigné à la mosquée durant les Jeux afin de pouvoir écouter ceux de son ethnie qui viennent prier ici." Le flic m'a jeté un regard torve, j'ai fait semblant de me plonger dans mon guide.

Je me suis ensuite rendu dans un "vrai" restaurant ouïgour avec de "vraies" serveuses ouïgour. Dans une salle immaculée aux dominantes vertes, couleur de l'islam, on m'a servi un excellent plat de poulet aux poivrons et au gingembre. Les jeunes serveuses m'ont confirmé leurs origines : oui, elles étaient bien ouïgour. Quand j'ai demandé à l'une d'elles si elle se sentait surveillée en ce moment ou si la police était venue vérifier leurs identités, elle est presque partie en courant en s'écriant : "Je ne sais pas !"... Le repas fini, je me suis éclipsé sous le regard un peu lourd du patron, un barbu à l'air pas commode. On n'est pas dans une époque idéale pour une enquête de fond.

mercredi 20 août 2008

Au Xinjiang, les symboles chinois ont la vie dure

Une série d'attentats a eu lieu ces dernières semaines dans la province dominée par les populations ouïgoures. Ces attaques marquent un changement dans la stratégie des séparatistes dans une région qui aspire à plus d'autonomie face au pouvoir chinois.
A Kuqa, une femme cherche des biens dans les ruines de l'explosion qui a eu lieu le 11 août 2008
DR
En huit jours, la région autonome ouïgoure du Xinjiang a été le théâtre d'attentats dans trois villes différentes. Tous visaient directement les symboles du pouvoir chinois dans cette région musulmane. Au total, ils ont fait 18 blessés et 30 morts, dont 20 membres des forces de l'ordre. Ces attaques, dont la presse chinoise n'a rendu compte que très brièvement, marquent un tournant dans la situation au Xinjiang et pourraient très prochainement déboucher sur une répression spectaculaire, selon des analyses publiées à Hong Kong et à Singapour.

"Il s'agit des attentats ayant causé le plus grand nombre de victimes parmi les forces de l'ordre chinoises au cours des quarante dernières années, et, selon les autorités chinoises, ils sont liés au djihad", souligne le Lianhe Zaobao. Le 4 août, 16 membres de la police militaire avaient été tués à Kachgar, dans une attaque perpétrée par deux Ouïgours qui se sont rués sur eux au volant d'un camion, avant de les attaquer au moyen de bombes artisanales et de couteaux. Le 10 août, une quinzaine de Ouïgours ont attaqué des bâtiments gouvernementaux et des commerces, provoquant une dizaine d'explosions à Kuqa, ville située entre Ouroumtsi et Kachgar. Le quotidien singapourien ajoute que, d'après le Congrès ouïgour mondial, 90 arrestations auraient déjà eu lieu.

"Le succès des efforts menés par la Chine pour éliminer les poches de rébellion au Xinjiang musulman a peut-être poussé un mouvement accusé d'être séparatiste à passer la frontière vers le Pakistan et l'Afghanistan, l'exposant ainsi à une plus forte influence du djihad", écrit de son côté le magazine hongkongais Asia Times Online. Les attentats n'ont pas été revendiqués, mais attribués par des spécialistes chinois du terrorisme au Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM), un groupe accusé de visées séparatistes. L'article cite le directeur de l'Institut international d'études stratégiques de l'université Qinghua, à Pékin, Chu Shulong, selon lequel "on a vu cette année l'émergence de nouvelles tactiques de la part des insurgés. Ils ne visent plus des civils en plaçant des bombes dans des autobus, comme dans les années 1990, mais s'attaquent à des employés du gouvernement, à l'armée et à la police. Ils ont pour but de mettre la population de leur côté."

Cette stratégie a suscité une réponse très ferme de la part du secrétaire du Parti de la région, Wang Lequan, qui aurait déclaré lors d'une réunion des cadres régionaux que la "guerre contre les ‘trois forces du mal' – les groupes prônant le terrorisme, le séparatisme et l'extrémisme religieux – s'apparentait à une lutte à mort à long terme". Selon l'analyste Willy Lam, qui écrit dans le webzine hongkongais Asia Sentinel, "dès qu'on en aura fini avec les embarrassants Jeux olympiques, une pluie d'acier se déversera sur les régions rebelles. Des sources diplomatiques dans la capitale chinoise affirment qu'une opération militaire de grande ampleur sera lancée dès la fin des compétitions, le 23 août, quand le monde n'aura plus les yeux fixés sur la situation des droits de l'homme en Chine, en particulier sur le piètre traitement des minorités ouïgoures au Xinjiang."

Dès avant le début des Jeux, les autorités chinoises avaient désigné les mouvements "séparatistes" ouïgours comme la plus grande menace potentielle pour la sécurité des compétitions. Or la sérénité des Jeux constitue actuellement "un objectif plus important que tout", affirme Tianshan Wang, un site d'information officiel chinois du Xinjiang. "C'est pourquoi non seulement nous allons renforcer les contrôles et élever notre niveau d'alerte, mais nous ferons également tout pour ne pas laisser la moindre occasion au terrorisme et au séparatisme de relever la tête, afin d'assurer le succès des Jeux." En attendant d'user de la manière forte, un quotidien local du Parti communiste, Akesu Ribao, a annoncé que la police du Xinjiang verserait une prime de 200 000 yuans (20 000 euros) à qui fournirait des informations permettant de déjouer des attentats visant les Jeux olympiques.
Agnès Gaudu

Source: http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=88527

samedi 16 août 2008

Au Xinjiang, les Jeux sont fades

Pour les Ouïgours, ethnie majoritaire de cette province à l’extrême nord-ouest de la Chine, les JO sont avant tout synonymes de contrainte.
Envoyé spécial à Kashgar Abel SEGRéTIN
QUOTIDIEN : samedi 16 août 2008

Sur la grand-place de Kashgar, à plus de 3 000 kilomètres de Pékin, un écran géant ultramoderne d’une dizaine de mètres de haut a été érigé entre la mosquée et le bazar. On y diffuse chaque soir les JO. Les slogans de propagande appelant à l’unité nationale agrémentent ensuite le bulletin d’informations. Les commentaires sont doublés en ouïgour, la langue du Xinjiang, cette très grande province chinoise d’Asie centrale. Des images montrent une «famille modèle» d’Ouïgours béats devant leur téléviseur, dans leur appartement minuscule. Ils sont habillés en costume de fête à paillettes, normalement utilisés pour les grandes occasions. Commentaire : «La minorité ethnique ouïgoure est heureuse d’assister aux JO à la télévision et d’être reliée à Pékin

Jet de pierres. Sur la place pourtant, la foule est clairsemée et beaucoup passent devant l’écran sans le regarder. Le volume des haut-parleurs est si fort qu’il couvre l’appel à la prière du muezzin.«C’est très impoli, ils ne comprennent pas notre culture. Alors, ceux qui aiment le sport vont le regarder ailleurs», remarque un riverain, de l’ethnie ouïgoure majoritaire dans les environs. Il y a quelques semaines, un groupe de jeunes locaux a même jeté des pierres sur cet écran-ovni qui a transformé leur centre-ville. Ailleurs dans les rues, les télés des échoppes et salons de thé sont branchées sur des feuilletons en langue locale, plus souvent que sur les Jeux. «Quand j’entends le mot "olympique", cela m’évoque toutes les mesures qui nous empêchent de vivre normalement»,dit Nadira, mère de famille.

Depuis quelques mois, des mesures de «sécurité olympique» très contraignantes ont été mises en place dans la région, encore renforcées après la série d’attentats attribués à des séparatistes. Dans les gares et les aéroports, les bagages sont inspectés plusieurs fois ; sur les routes, des check points sont installés tous les 30 kilomètres. Les contrôles d’identité à domicile sont fréquents. Quand la flamme est passée par Kashgar, commerces et bureaux de la ville ont été obligés de fermer, et les habitants priés de rester chez eux. Seul un petit groupe de 3 000 personnes triées sur le volet a été «invité» à acclamer le «feu sacré» sous l’œil des caméras de télévision et de surveillance.

«Visas». Première victime des JO, le tourisme. «On a perdu les trois quarts de notre chiffre d’affaires cette année, dit un guide, il y a eu des restrictions sur les visas des étrangers, les autorités refusent des autorisations pour se rendre sur certains sites touristiques, et les Hans [ethnie majoritaire chinoise, ndlr] ont peur de venir.» Abdul, un étudiant en chinois passionné de sport, explique : «Les JO sont un grand moment, mais à la télévision et dans la rue, on a l’impression que c’est pour faire de la pub au pays. On ne voit que des drapeaux rouges. D’ailleurs, les athlètes des minorités ethniques n’ont presque aucune chance d’être sélectionnés. Mais pour moi, que ce soit la Chine, les Etats-Unis ou un autre pays qui remporte le plus de médailles, ça ne fait aucune différence. L’important c’est le sport.»

Source: http://www.liberation.fr/actualite/monde/345522.FR.php

Ouverture des JO: les 56 ethnies chinoises n'étaient qu'une


Des enfants paradent avec le drapeau chinois pendant la cérémonie d'ouverture le 8 août 2008 à Pékin

PEKIN (AFP) — Déjà entachée de truquages, la spectaculaire cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Pékin a mis en scène des enfants faussement présentés comme issus des 56 ethnies officielles de la Chine.

Les petits danseurs qui ont défilé dans le stade national étaient en fait tous de la communauté majoritaire han, même s'ils portaient un vêtement traditionnel tibétain, mongol, ouïghour, miao ou mandchou.

Interrogé vendredi sur la question, le vice-président du comité d'organisation a estimé que la presse était "trop pointilleuse".

"Je ne vois pas en quoi le lieu d'origine des enfants pose problème", a déclaré Wang Wei.

Au soir du 8 août, dans le "Nid d'oiseau", les 56 bambins habillés de tenues colorées avaient encadré la procession d'un grand drapeau chinois.

La scène diffusée par les télévisions du monde entier devait en théorie montrer la mosaïque de populations formant la Chine, pays le plus peuplé du monde qui s'étend de l'Asie centrale jusqu'à l'océan Pacifique.

Le programme officiel distribué à la presse étrangère mentionnait la chose suivante: "Cinquante-six enfants des 56 groupes ethniques chinois entourent le drapeau national chinois, représentant les 56 groupes ethniques".

Mais ils étaient tous des Hans, l'ethnie qui représente environ 90% des Chinois, a expliqué Yuan Zhifeng, directeur-adjoint de la compagnie de danse Galaxy.

Ils étaient "très naturels et mignons", a-t-il déclaré au quotidien Wall Street Journal.

D'importantes différences culturelles, linguistiques et religieuses existent entre les ethnies chinoises. En outre, les populations de l'extrême ouest, comme les Kazakhs, les Kirghizes ou les Ouïghours, peuvent avoir un physique indo-européen avec des yeux bleus.

M. Wang a démenti toute tricherie en assurant qu'il était coutumier en Chine d'habiller les enfants de tenues traditionnelles régionales pour des fêtes, même si cela ne correspond pas à leur lieu de naissance.

"C'est tout à fait habituel pour un spectacle chinois", a-t-il affirmé.

Cette affaire, qui survient au moment où la Chine a fort à faire avec des minorités rebelles au Tibet ou au Xinjiang (province des Ouïghours), pourrait constituer la troisième controverse ternissant la cérémonie chorégraphiée par le réalisateur Zhang Yimou.

Les organisateurs des Jeux ont déjà dû concéder que le programme télévisé comportait des images truquées et prémontées de feux d'artifice.

Le directeur musical du spectacle a ensuite reconnu qu'une fillette chinoise qui avait chanté lors de la cérémonie l'avait fait en play-back, la véritable chanteuse n'étant pas assez jolie pour passer à l'écran.

Les organisateurs ont par ailleurs fini par admettre cette semaine qu'une célèbre danseuse chinoise avait été victime d'un "grave" accident lors d'une répétition de la soirée.

Liu Yan, 26 ans, étoile de la danse traditionnelle chinoise, est restée "paralysée", selon une source impliquée dans le spectacle.

Source: http://afp.google.com/article/ALeqM5hdwN-W8MNCebkcTpMR87Ks-3xXzg

mercredi 13 août 2008

Derrière les attentats du Xinjiang, la colère d'un peuple "ultracontrôlé"

Rémi Castets, spécialiste du Xinjiang au Centre d'études des relations internationales (Sciences Po), revient sur les origines du ressentiment ouïgour vis-à-vis du pouvoir de Pékin.

Trois gardes ont été tués à Kashgar mardi 12 août. C'est le troisième attentat en une semaine dans le Xinjiang. Qui est derrière ces attaques ?

Pour se lancer dans des actions comme ça, il faut quand même former un réseau, être radicalisé, cela nécessite un minimum de préparation. On est face à des groupes qui veulent profiter de la lucarne médiatique liée aux Jeux olympiques. Il y a toujours eu soit des réseaux opérationnels, soit des groupes de jeunes qui se montent pour faire parler des problèmes ouïgour.

Il est quand même frappant de voir qu'il y a eu une action très sanglante. Si elle est le fait de franges nationalistes, c'est mal joué, car cela peut leur aliéner le soutien occidental. Il y a aussi des franges islamistes : certaines non violentes, mais d'autres plus structurées, qui visent à avoir le soutien des réseaux islamiques internationaux et qui se moquent de l'opinion publique occidentale.

Qu'est-ce qui motive le ressentiment de certains groupes de la population ouïgour ?

D'abord la revendication d'une autonomie réelle. Le Parti communiste chinois exerce un contrôle étroit sur l'administration de la Région autonome ouïgour, dont l'autonomie est fictive. Deuxième point : la colonisation démographique des Hans, passés de 6 % autour de 1949 à environ 40 % aujourd'hui. Il y a toutes sortes de récriminations. Contre les corps de construction et de production du Xinjiang, qui, en colonisant, captent les terres et entrent en compétition avec les paysans ouïgour. Troisième problème assez mal vécu par les Ouïgour, la politique de contrôle des naissances. Limiter le nombre d'enfants dans ces familles va à l'encontre des traditions - les minorités ethniques ont droit à un enfant de plus que les Hans. Quatrième facteur, le tour de vis : dans les années 1980, le contrôle du parti sur la société s'était relâché. Les Ouïgour pensaient pouvoir négocier.

Dans les années 1990, tout s'est durci : pour éradiquer les réseaux d'opposition qui se structurent, le parti met en place un appareil de contrôle juridique très restrictif, notamment en matière culturelle et religieuse. Les meshrep, réunions traditionnelles, qui se politisent, sont interdites. Or c'étaient des lieux de socialisation. Idem pour l'islam : il devient ultracontrôlé. Dans les années 1980, des madrasas (écoles coraniques) souterraines avaient émergé. Quand ces écoles ont été fermées, c'est à partir de ces réseaux d'étudiants que se sont structurés les mouvements islamistes des années 1990. Aujourd'hui, les imams sont extrêmement surveillés. Tout ça crée du ressentiment.

Le gouvernement chinois exagère-t-il la menace islamiste au Xinjiang ?

Depuis 2001, ce qui nuit à la crédibilité du gouvernement chinois, c'est que dès qu'il se passe quelque chose au Xinjiang, chaque cellule démantelée, chaque action violente ou pas, est attribuée à l'ETIM (Mouvement de libération du Turkestan oriental) - sous prétexte que les Américains avaient reconnu ce mouvement. Or les cellules nationalistes n'ont rien à voir avec le monde du djihadisme international. Il y a des événements qui ne sont pas politiques à la base : par exemple, un père de famille ouïgour qui s'attaque au représentant du bureau du contrôles des naissances. Il y a aussi des règlements de comptes entre fonctionnaires qui profitent un peu trop de leurs prérogatives. On voit l'ETIM partout, or ce n'est pas aussi simple que ça.

mardi 12 août 2008

8 jours, 3 attentats, 31 morts

Des agents de sécurité chinois fouillent un homme d'origine ouïghour à Kashgar.

Photo: AFP/Peter Parks
Des agents de sécurité chinois fouillent un homme d'origine ouïghour à Kashgar.

Pendant que le monde a les yeux rivés sur Pékin, la province de Xinjiang, dans l'ouest de la Chine, a été le théâtre, mardi, d'une troisième attaque d'envergure en huit jours. Trois membres des services de sécurité y ont été poignardés à mort à un point de passage situé à Yamanya. Une quatrième victime a été grièvement blessée.

Selon l'agence officielle Chine Nouvelle, les assaillants ont surgi d'un véhicule et se sont précipités sur des responsables qui, selon Associated Press, prenaient en note le nom de tous ceux qui franchissaient le point de passage.

Cette attaque porte à 31 le nombre de morts recensés depuis huit jours dans cette province qui jouxte le Tadjikistan. Ces attaques n'ont pas été revendiquées, mais tous les analystes s'entendent pour soupçonner les insurgés ouïghours.

Carte du Xinjiang

Cette série d'attentats a commencé le 4 août, à quatre jours du lancement officiel des Jeux olympiques de Pékin. Seize policiers chinois ont été tués et 16 autres, blessés lors d'une attaque perpétrée près d'un poste-frontière de Kashgar.

Selon Chine Nouvelle, deux hommes dans un camion ont foncé sur un groupe de policiers qui faisaient du jogging. Ils seraient ensuite sortis du véhicule en lançant des engins explosifs avant de se mettre à poignarder des policiers. Les deux suspects arrêtés sur les lieux appartiendraient à l'ethnie ouïghour, selon Chine Nouvelle.

Dimanche, une série d'attentats à l'explosif dans la ville de Kuqa a fait 12 morts, dont une majorité d'assaillants, selon ce qu'a rapporté Chine Nouvelle. Les attaques visaient des installations représentant le pouvoir politique et économique, soit des supermarchés, des hôtels et des édifices gouvernementaux.

Selon Nicholas Bequelin, de Human Rights Watch, le degré d'organisation de cette attaque est un élément nouveau. « Ce n'était pas qu'une attaque. C'est une série d'attaques à la bombe qui requiert beaucoup plus de planification et une organisation plus importante, particulièrement au moment où la sécurité est resserrée à l'occasion des olympiques », a-t-il déclaré à Associated Press.

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Depuis longtemps déjà, la Chine affirme faire face à des « menaces terroristes » dans la région du Xinjiang, où des séparatistes ouïghours sont en lutte contre la dictature communiste depuis plusieurs années. Au cours des semaines qui ont précédé le début des Olympiques, Pékin a souvent dit craindre que ces insurgés ne viennent perturber les Jeux.

Les Ouïghours contestent les restrictions religieuses décrétées par Pékin et dénoncent des politiques d'immigration préconisant l'implantation dans la région de Hans, l'ethnie majoritaire en Chine.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press et Reuters

Source: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2008/08/12/003-xinjiang_attentats.shtml

Nouvelle attaque contre des forces de l'ordre chinoises dans le Xinjiang

Sécurité renforcée dans le Xinjiang après un attentat survenu dans la nuit de samedi à dimanche 10 août.
AFP/PETER PARKS
Sécurité renforcée dans le Xinjiang après un attentat survenu dans la nuit de samedi à dimanche 10 août.

La province du Xinjiang a été le théâtre d'une nouvelle attaque visant les forces de l'ordre chinoises, mardi 12 août. Trois gardes de sécurité ont été tués et un quatrième blessé dans cette province à majorité musulmane du nord-ouest du pays, a annoncé l'agence Chine nouvelle. L'attaque s'est produite vers 9 heures, heure locale, à un point de contrôle routier de Yamanya, une ville située à une trentaine de kilomètres de Kashgar, dans l'ouest du Xinjiang. Les victimes ont été poignardées par un inconnu qui a sauté d'un véhicule.

Le Xinjiang est en proie à une flambée de violence qui s'est notamment traduite par deux récents attentats contre les forces de l'ordre, dont celui du 4 août à Kashgar, qui avait causé la mort de seize policiers et fait seize blessés. A Kuqa, dimanche, une autre attaque s'est soldée par la mort de douze personnes. Elle a été attribuée par les autorités chinoises à des "terroristes" ouïgours, l'ethnie musulmane sunnite turcophone majoritaire dans le Xinjiang.

Au lendemain de l'attentat de Kashgar, Pékin avait montré du doigt le Parti islamique du Turkestan oriental (ETIM), une organisation islamiste séparatiste. Mais selon la police, "rien dans l'attentat de mardi ne suggérait un lien entre les deux incidents", les attaques de Yamanya et de Kashgar, a indiqué Chine nouvelle.

Actif à la fin des années 1990, l'ETIM revendiquait alors un Etat autonome pour les huit millions et demi de ouïgours, des musulmans sunnites turcophones. L'arrivée massive de colons hans a aggravé les tensions communautaires au Xinjiang. L'ETIM est, selon les experts, démantelé depuis la mort de son chef Hasan Makhsum en 2003. Le parti islamiste n'a revendiqué aucune attaque au Xinjiang depuis des années, mais est constamment désigné par Pékin comme l'ennemi numéro un.

Source: http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/08/12/nouvelle-attaque-contre-des-forces-de-l-ordre-chinoises-dans-le-xinjiang_1082638_3216.html

lundi 11 août 2008

Attentats dans le Xinjiang : onze morts

NOUVELOBS.COM | 11.08.2008 | 11:13

La série d'explosions, qui a visé un poste de police tôt dimanche matin dans la province musulmane, a aussi fait cinq blessés, deux policiers, deux civils et un garde de sécurité. C'est le deuxième attentat en une semaine dans cette région de l'Ouest de la Chine.

Sécurité renforcée dans la province de Xinjiang (Reuters)

Sécurité renforcée dans la province de Xinjiang (Reuters)

Une série d'attentats, avec des bombes de fabrication artisanale, a visé un poste de police, tôt dimanche 10 août, tuant, d'après un dernier bilan, onze personnes et en blessant cinq autres, dans la région musulmane du Xinjiang, à l'Ouest de la Chine.
Dix assaillants et un garde de sécurité sont morts, deux policiers, deux civils et un autre garde de sécurité ont été blessés dans cette attaque à l'explosif, selon l'agence de presse Chine Nouvelle.
La police a fait état de douze explosions au total dans la ville, selon l'agence, qui cite des témoins qui, eux, ont parlé d'éclairs de feu et entendu des coups de feu après l'explosion, qui a eu lieu entre 3h20 (19h20 GMT) et 4h00, heures locales (20h00 GMT).
"Il y a eu plusieurs explosions ce matin, à plusieurs endroits de Kuga", située au Sud du Xinjiang, a déclaré une femme qui travaillait aux urgences du People's Hospital de Kuga. "Nous les avons entendues depuis l'hôpital", a ajouté la femme, qui n'a accepté de communiquer que son nom de famille, Tian. Elle a précisé qu'un homme a été déclaré mort à son arrivée à l'hôpital et que sept autres personnes se trouvaient dans un état critique.

Le deuxième attentat en une semaine

D'après Chine Nouvelle, l'incident a été confirmé par des sources militaires locales, qui ont déclaré avoir déployé des forces dans la région. L'agence précise que les explosions se sont produites dans le centre-ville de Kuqa, situé à 740km d'Urumqi, la capitale régionale.
Kuqa, comté de 400.000 personnes, est une destination touristique populaire dans le Xinjiang et est riche en ressources pétrolières et gazières.
Les explosions se sont produites dans un contexte de tension et de sécurité accrues dans le cadre des Jeux olympiques de Pékin. Le début de semaine avait déjà été marqué par une attaque : lundi, des assaillants ont tué 16 policiers et en ont blessé 16 autres à Kashgar, ville du Xinjiang, en précipitant un camion sur le groupe, avant de lancer des bombes artisanales et de les poignarder. (Avec AP)

Source: http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/sports/20080810.OBS6841/attentats_dans_le_xinjiang__onze_morts.html

dimanche 10 août 2008

BBC World: Entretien avec Alim Seytoff, secrétaire général de la Uyghur American Association



Mr. Alim Seytoff, general secretary of the Uyghur American Association, was interviewed by BBC World Service at 2:15 p.m. (7:15 p.m. London) on August 5 regarding Monday's attack on Chinese police in Kashgar. Mr. Seytoff, accepting the interview on behalf of Uyghur democracy leader Rebiya Kadeer, has presented the position of UAA on the incident.

Source: http://www.uyghuramerican.org//articles/1961/1/BBC-World-Service-Interviews-Mr-Alim-Seytoff-on-the-Kashgar-Incident/index.html

Un calme étrange règne à Kashgar, dans l'ouest musulman de la Chine

Par Dan MARTIN

Un calme étrange règne à Kashgar, dans l'ouest musulman de la Chine

Un calme étrange régnait vendredi à Kashgar, ville musulmane chinoise frappée par un attentat meurtrier lundi, alors qu'une vidéo attribuée à un groupe séparatiste ouïghour menace les jeux Olympiques de Pékin.

Les forces de l'ordre quadrillaient discrètement la ville, soumise à de plus grands contrôles depuis cette attaque spectaculaire attribuée à des séparatistes islamistes, dans laquelle 16 policiers ont trouvé la mort.

L'activité semblait normale dans cet oasis de la Route de la Soie, à 4.000 km à l'ouest de Pékin. Des boulangers ouïghours sortaient des petits pains ronds des fours en briques sur le trottoir, dans la cacophonie d'une multitude de modestes taxis verts bringuebalants.

Depuis lundi, de nombreux habitants s'attendaient à ce que les autorités réduisent l'activité et leur demandent de regarder la cérémonie d'ouverture des JO vendredi soir sur leur téléviseur à la maison. "Personne ne sait à quoi s'attendre. Nous n'avons rien entendu. Mais on espère que tout se passera bien aujourd'hui, il ne devrait pas y avoir de problème", estime Abduxkur, un commerçant qui ouvre les portes de son magasin.

La municipalité n'était pas immédiatement joignable vendredi, mais il n'y avait aucun signe en ville de festivités pour la soirée.

A Kashgar, les Ouïghours, des musulmans turcophones d'Asie centrale, représentent 90% de la population. Beaucoup se plaignent de persécutions sur le plan politique ou religieux. Des policiers étaient stationnés à certains grands carrefours, ce qui n'a rien d'inhabituel à Kashgar, où la sécurité est toujours assez présente en raison de tensions persistantes dans cette région du Xinjiang, située à l'extrême ouest de la Chine.

Jeudi, deux centres américains de surveillance d'organisations extrémistes ont fait état d'une vidéo menaçant les JO d'actions terroristes, attribuée au Parti islamique du Turkestan (TIP) qui réclame l'indépendance du Xinjiang.

Un orateur masqué, portant un turban noir, une veste de camouflage et brandissant un fusil d'assault, y appelle les musulmans à maintenir leurs enfants loin des lieux des compétitions sportives.

"Ne montez pas dans le même bus, le même train, le même avion, ne rentrez pas dans les mêmes immeubles ou tout endroit où se trouvent des Chinois", déclare-t-il en langue ouïghoure. A Kashgar, plusieurs personne interrogées n'avaient pas entendu parler de cette vidéo.

La ville s'était figée pendant une heure jeudi matin, pour rendre hommage aux 16 policiers tués lundi. Jusqu'à 2.000 Ouïghours étaient présents dans la foule, strictement encadrée par les forces de l'ordre, mais plusieurs d'entre eux ont indiqué à l'AFP y avoir été contraints.

Selon les autorités, les deux hommes à bord d'un camion qui ont foncé lundi sur un groupe de 70 policiers à Kashgar, lancé des grenades et poignardé des survivants, cherchaient à créer le chaos à quelques jours des JO.

Source: http://www.lepoint.fr/actualites-monde/un-calme-etrange-regne-a-kashgar-dans-l-ouest-musulman-de-la/924/0/265856

A l'autre bout du pays, les Ouïgour maudissent les Jeux de Pékin

A presque 4 000 kilomètres de Pékin, Kashgar, l'ancienne oasis de la route de la soie, est la ville de Chine la plus éloignée des Jeux olympiques. Quelque 90 % des habitants y sont ouïgour et turcophones, musulmans pour la plupart. Hors des grandes avenues des nouveaux quartiers chinois, une fois dans les ruelles aux murs de pisé de la vieille ville, on pénètre vite dans un autre monde : vendeurs de brochettes et de galettes de pain blanc, charrettes tirées par des ânes croulant sous leurs cargaisons de gousses d'ail ou de melons...

Les JO laisseraient peut-être indifférent, s'ils ne semblaient pas tant ici une vraie malédiction : prononcer le mot dans cette ville de 350 000 habitants semble tantôt faire peur, tantôt exaspérer, ou provoque un haussement d'épaules qui en dit long.

Petits commerces et tourisme tournent au ralenti. Les étrangers sont rares, les contrôles d'identité fréquents, tout comme les vérifications à domicile, pour chasser les non-résidents. "C'est la pire année que j'ai jamais vue", estime Omar, assoupi devant sa boutique, à quelques centaines de mètres de la mosquée Idi Kah. Il ne vend pas plus d'un tapis par mois.

En juin, il y a eu le passage de la torche et son cortège de tracasseries, les fonctionnaires ouïgour mobilisés sur tout le parcours, et la population incitée à rester chez elle. Puis, comme si cela ne suffisait pas, il y a eu l'attaque du 4 août contre des policiers chinois - 16 morts - pour venir montrer au pays entier que Kashgar et sa région étaient un nid de "terroristes".

Seule la mention de Mehmet Tursun Chong, boxeur ouïgour de 21 ans, éclaire quelquefois les visages. "Depuis qu'il a été sélectionné pour les Jeux, les gens parlent de lui !", raconte Ali, qui tient un petit commerce. Mehmet Tursun Chong vient d'un village à 40 km de Kashgar, ses parents sont paysans, et on se met à espérer qu'un Ouïgour représentera pour les Chinois autre chose qu'un "voleur" ou qu'un "terroriste". "Il y a de la discrimination, les Chinois nous regardent de haut. Quand on est fonctionnaire, on a des postes subalternes et des tout petits salaires", explique un salarié de la télévision ouïgour qui arrondit ses fins de mois en vendant des produits Amway.

Akim, un étudiant de 20 ans inscrit à l'école normale de Kashgar, raconte qu'a éclaté sur le campus, il y a trois mois, une bataille rangée entre étudiants ouïgours et chinois : "Les Chinois ne voulaient pas que les Ouïgour utilisent le terrain de basket. Ceux-ci n'ont pas bougé. Les étudiants ont commencé à se battre, tout le monde a appelé ses copains sur son portable. Si la police n'était pas arrivée, je ne sais pas ce que ça aurait donné, on est plus nombreux qu'eux." Des étudiants ouïgour ont passé plusieurs jours en garde à vue, pas les Chinois.

Akim vient d'une famille d'instituteurs - ses parents, ses frères et soeurs le sont. L'école normale est le seul établissement d'enseignement supérieur à Kashgar. Malgré les perspectives que pourrait lui ouvrir une économie en pleine croissance, à Kashgar aussi, il ne se montre guère enthousiaste : "Les riches Ouïgour à Kashgar, on les compte sur les doigts de la main. Les Chinois, on ne peut pas les compter." Persuadé qu'on ne peut pas trouver d'emploi avec un diplôme, il aimerait "faire des affaires".

Dans son village, l'une de ses cousines suit des cours de chinois organisés par le gouvernement pour partir travailler en usine hors du Xinjiang. Elle a arrêté l'école, et ce programme d'emploi, lancé en 2006, est obligatoire : 130 filles du village d'Akim y ont participé.

En 2007, deux de ses ex-camarades de classe se sont retrouvées un an dans une usine du Sichuan, à dépiauter du poisson les pieds dans l'eau toute la journée : "Elles ne pouvaient pas démissionner et n'étaient payées que 400 yuans (environ 39 euros), alors qu'à l'origine ça devait être 800. Elles regrettent, et leurs parents aussi." Depuis, elles se sont inscrites dans un institut de gestion hôtelière. A Kashgar, l'un des slogans que l'on voit le plus souvent sur les murs proclame : "Pour partir travailler à l'extérieur, rejoignez les groupes de travail prévus à cet effet."

Après les Tibétains… les Ouïghours, têtes de Turc des ChinoisAprès les Tibétains… les Ouïghours, têtes de Turc des Chinois

Pendant les J.O., retrouvez les chroniques quotidiennes de notre envoyé spécial à Pékin, Alain Léauthier. Depuis l'attentat qui a tué, le 4 août, 16 policiers chinois, le monde entier découvre les Ouïghours, musulmans turcophones de la province du Xinjiang.

Après les Tibétains… les Ouïghours, têtes de Turc des Chinois
Avant de parler, il a hésité quelques secondes, un sourire figé sur le visage, comme s'il s'excusait de son indécision et d'une trop grande prudence. La question ne semblait pourtant guère prêter à conséquence («se sentait-il fier des JO ?») et tout autour de lui, mille, dix mille, cent mille Chinois travaillant, vivant ou passant sur l'artère Shoudutiyuguan Nanlu auraient été ravis d'y répondre par l'affirmative.

Seulement, hier, en milieu de journée, alors que la brume poisseuse consentait enfin à se lever sur Pékin, l'interlocuteur de Marianne2 était le propriétaire d'un boui-boui Ouïghour, natif du Xinjiang, la province de l'ouest chinois dont les habitants, des musulmans turcophones, redoutent l'afflux de migrants Hans, l'ethnie majoritaire en Chine. La veille, à Kashgar, la véritable capitale culturelle du Xinjiang, à l'aide de couteaux et de bombes artisanales, deux hommes s'étaient précipités sur un groupe de 70 policiers, en laissant seize définitivement au tapis. Depuis, les autorités chinoises ont annoncé l'arrestation de «dix-huit terroristes étrangers», suggérant fortement qu'ils pourraient être liés au Parti islamiste du Turkestan oriental (ETIM), une organisation indépendantiste dont les derniers faits d'armes remontent à plus d'un an.

Ces accusations, régulièrement relayées par les médias aux ordres, l'interlocuteur de Marianne2 n'en ignorait probablement rien.

Les têtes de Turc de la population

Comme les Tibétains, au fil des années les Ouïghours sont devenus les têtes de Turc de la population, suspectés de tous les maux et de toutes les horreurs, surtout dans les grandes villes. Ce qui n'empêche pas les voisins Hans du boui-boui de Shoudutiyuguan Nanlu de s'y fournir presque quotidiennement en nan bing, les galettes de pain fondantes, et en succulentes brochettes d'agneau. Sa clientèle ouïghoure s'est en revanche réduite à une poignée de fidèles. Il y a quelques années, le quartier en accueillait plusieurs milliers, logés dans de petites maisons individuelles qui, à l'image de nombreux secteurs de la capitale, ont laissé la place à une succession de grands ensembles d'habitation dotés de tout le confort. Et aujourd'hui occupés essentiellement par des Hans. D'eux-mêmes, ou chassés manu militari par l'armée, la plupart des Ouïghours de cette zone ont repris le chemin du Xinjiang et n'ont plus aujourd'hui le droit de revenir à Pékin. Le restaurateur, lui, dit vouloir rester. Les insultes ouvertes restent rares même si les rumeurs et les légendes urbaines concernant sa communauté révèlent la profondeur du divorce. Il y a un peu plus d'un mois, l'une d'entre elles courait sur Internet et dans bien des foyers : deux Ouïghours atteints du Sida s'ingéniaient à mélanger leur sang contaminé dans les cuisines des restaurants servant la cuisine du Xinjiang… Aujourd'hui encore certains Pékinois hésitent à en franchir les portes. Et si l'on évoque devant eux les discriminations ou le «génocide culturel» dont se plaignent les Ouïghours, c'est alors un cri du cœur ingénu : «Mais ils sont comme les Tibétains, ils ne nous aiment pas, pourtant ils sont Chinois…»

Source: http://www.betapolitique.fr/Apres-les-Tibetains-les-Ouighours-09704.html

Pour des Jeux de la vérité

C'est dans un contexte assez surréaliste que débute la XXIXe olympiade des temps modernes. La Chine et le Comité international olympique (CIO) ont beau s'épuiser à tenter de ramener l'événement au plan strictement sportif, on ne peut s'empêcher de penser et de parler politique. Même si on aime la Chine et qu'on sait que ces Jeux sont la fierté de centaines de millions de Chinois, comment se passionner pour une manifestation qui se veut festive et fraternelle dans un pays où le seul fait de revendiquer les droits qui nous paraissent élémentaires - liberté politique, syndicale ou religieuse - conduit à la prison, si ce n'est pire ?

Le fond du problème, c'est le décalage important entre la perception qu'ont les opinions publiques occidentales de la véritable nature du régime chinois et l'attitude de leurs propres gouvernements qui ont fait le choix de normaliser leurs relations avec le nouveau géant planétaire, sacrifiant les valeurs humanistes et morales aux intérêts politiques et économiques. Etats et instances internationales font semblant d'avaler tous les mensonges du régime chinois pour maintenir de bonnes relations avec lui. D'un point de vue moral et humaniste, jamais les JO n'auraient dû être accordés à Pékin. Du même point de vue moral, on peut paradoxalement se réjouir qu'ils aient lieu : en jetant un fort coup de projecteur médiatique sur la Chine, ils mettent à bas les énormes mensonges de ses dirigeants.

Je prendrai un seul exemple confondant. Dès qu'on met sur le tapis la question des Tibétains, des Mongols ou des Ouïgour, ces peuples que les autorités chinoises appellent "minorités", Pékin parle d'ingérence dans ses affaires intérieures et tout le monde s'aplatit. Or de quoi s'agit-il ? Tout simplement de peuples qui ont été colonisés et annexés au milieu du XXe siècle avec la plus grande brutalité par la République populaire de Chine. Le nomade des hauts plateaux tibétains ou le musulman ouïgour du Turkestan oriental ne se sent pas plus chinois que les Algériens ou les Cambodgiens ne pouvaient légitimement se sentir français. En annexant ces trois territoires qu'elle lorgnait depuis longtemps, la Chine a presque doublé sa superficie, au mépris de la volonté des peuples qu'elle a assimilés et sans rien respecter, quoi qu'elle en dise, de leur langue, de leur tradition ou de leur croyance. Ce qu'on appelle aujourd'hui, y compris en Occident, "les terroristes ouïgour", ne sont que des résistants qui utilisent parfois des moyens violents (comme jadis le FLN) pour lutter contre le joug de Pékin.

Il en va de même pour les "émeutiers" tibétains, dénoncés comme de dangereux "séparatistes" : ce ne sont que des nationalistes tibétains qui continuent de défendre leur patrie au péril de leur vie, comme l'ont fait les résistants français pendant l'occupation allemande. Après les émeutes de mars et avril, plusieurs milliers d'entre eux, dont de nombreux moines, ont disparu. Sont-ils morts, emprisonnés ? Nul ne le sait. Si leur représentant légitime, le dalaï lama, ne réclame plus aujourd'hui l'indépendance, mais seulement une autonomie culturelle, ce n'est pas qu'il a souscrit à la vision erronée de l'histoire que les autorités chinoises assènent depuis des décennies pour justifier l'invasion de 1950. Mais par simple réalisme politique face à un rapport de forces très défavorable aux Tibétains et un abandon de la communauté internationale.

Et c'est là que le bât blesse : les dirigeants chinois refusent tout véritable dialogue avec le leader tibétain, car celui-ci a toujours refusé de signer un document dans lequel il reconnaîtrait l'appartenance historique du Tibet à la Chine. Le dalaï lama épouse simplement le point de vue des historiens, qui est celui de la vérité des faits. Que leurs mensonges soient pris pour argent comptant par le Chinois de la rue qui n'a jamais eu accès à d'autres sources que celles de la propagande officielle, soit. Mais qu'ils soient repris par certains hommes politiques occidentaux, comme Jean-Luc Mélenchon en avril, c'est inacceptable. Comment peut-on condamner le passé colonial de l'Occident et applaudir à celui, actuel, de la Chine ? Et avancer l'argument d'un Tibet féodal libéré du joug des moines par l'armée maoïste, c'est doublement fallacieux. Car s'il est vrai que le Tibet traditionnel était un monde bien imparfait et une société féodale pratiquant le servage, cela ne donne aucune légitimité aux Chinois pour envahir et coloniser un peuple, ni le réduire ensuite en esclavage, ce qui est bien pire que le servage d'hier.

Si des élections libres étaient organisées dans les régions dites "autonomes" fondées par Mao entre 1947 et 1965, la Chine perdrait la moitié de son territoire. Il n'en sera plus de même dans une ou deux décennies, car l'envoi massif de colons Han dans ces régions est en train de faire basculer la démographie en faveur des Chinois. Plutôt que de servir la soupe aux apparatchiks ploutocrates qui tiennent en otage un peuple immense qui peut être fier de sa culture et de son passé, il faut répéter la vérité des faits : la Chine communiste est un vaste empire autoritaire qui opprime non seulement sa population, mais aussi des peuples qui n'aspirent qu'à retrouver leur liberté, leur culture séculaire et qui ont été abandonnés à leur sort tragique par la communauté internationale pour de mauvaises raisons. Cela, nos gouvernements ne peuvent le dire, même si, et c'est tout à leur honneur, 180 députés français font partie d'un groupe d'études sur la question du Tibet. La France vient de recevoir en grande pompe les dictateurs libyen et syrien. Nicolas Sarkozy ne rencontrera pas le dalaï lama, prix Nobel de la paix, qui doit donner des enseignements spirituels en France à partir du 12 août. France, patrie des droits de l'homme, qu'es-tu donc devenue ?

Source: http://www.lemonde.fr/jeux-olympiques-toute-l-actualite/article/2008/08/09/pour-des-jeux-de-la-verite_1081861_1074179.html

Attentats dans le Xinjiang: huit morts dont sept assaillants

KUQA, Chine — Des hommes armés de bombes artisanales ont lancé une série d'attaques dimanche contre des bâtiments publics de la province musulmane du Xinjiang, dans l'ouest de la Chine, et attaqué les forces de police. Au moins sept assaillants et un garde de sécurité ont été tués, selon l'agence de presse officielle Xinhua (Chine Nouvelle).

Selon Chine Nouvelle, les explosions se sont produites tôt dimanche dans le comté de Kuqa à 740km au sud-ouest d'Urumqi, la capitale régionale.

Dans ce qui apparaissait comme le plus importante attaque, des hommes ont fait pénétrer un véhicule transportant des explosifs dans l'enceinte du bureau de sécurité publique vers 2h30 du matin. Un garde de sécurité a été tué dans l'explosion qui a suivi et deux policiers et deux civils blessés. La police a ouvert le feu sur les assaillants, tuant l'un d'eux. Un autre s'est fait exploser et un troisième a été capturé, selon Chine Nouvelle.

Six heures plus tard, des affrontements ont eu lieu sur un marché voisin, où la police a découvert cinq assaillants qui se cachaient derrière un comptoir, selon l'agence de presse chinoise. Ces derniers ont jeté des bombes sur les forces de l'ordre, qui ont abattu deux d'entre eux tandis que les trois autres se sont tués avec leurs propres bombes, selon l'agence.

Toujours selon Xinhua, l'homme qui a été capturé a déclaré à la police que 15 personnes étaient impliquées dans l'attaque. La police a également saisi un taxi utilisé par les assaillants.

Riche en ressources policières et gazières, le comté de Kuqa, qui compte 400.000 habitants, est une destination touristique populaire du Xinjiang.

Ces violences surviennent dans un contexte de tension et de sécurité accrues après un attentat en début de semaine dans le Xinjiang, où vit la minorité musulmane ouïghour, avant l'ouverture des Jeux olympiques de Pékin.

Lundi, deux hommes avaient attaqué les forces de l'ordre à Kashgar, faisant 16 morts. Seize autres agents de police avaient été blessés dans l'attaque menée par deux hommes au volant d'un camion-benne qui ont percuté leurs victimes alors qu'elles faisaient un footing matinal, et leur ont ensuite lancé des explosifs avant de les attaquer au couteau.

La police chinoise avait dans la semaine renforcé la sécurité dans le Xinjiang après des menaces terroristes contre les Jeux Olympiques de Pékin attribuées à un groupe islamiste ouïghour.

Source: http://canadianpress.google.com/article/ALeqM5goLyUfpIWXjQjF42eqn3JKTRlUeQ

Xinjiang: la dissidente Kadeer appelle Pékin à ne pas réprimer les Ouïgours

le 5/8/2008 à 9h33

La dissidente ouïgoure en exil Rebiya Kadeer a condamné lundi l'attaque contre des policiers chinois qui a fait 16 morts au Xinjiang, dans l'ouest musulman de la Chine, mais a exhorté Pékin à ne pas réprimer les "Ouïgours pacifistes".

"Nous condamnons tous les actes de violence", a déclaré Rebiya Kadeer à Washington, où elle vit en exil depuis 2005 après six ans dans les prisons de Pékin. "Le peuple ouïgour ne soutient pas les actes qui engendrent un bain de sang", a-t-elle ajouté.

Selon l'agence officielle Chine Nouvelle, l'attaque visant un poste de la police des frontières à Kashgar, dans la région du Xinjiang, a été perpétrée par deux assaillants ouïgours à 08H00 (OOHOO GMT).

A bord d'un camion, les deux hommes ont foncé sur un groupe de 70 policiers qui faisaient leur jogging matinal, a précisé l'agence. Ils sont sortis du camion en lançant des engins explosifs artisanaux et ont poignardé des policiers.

L'association ouïgoure américaine de Rebiya Kadeer a dit chercher à avoir un compte-rendu indépendant de l'attaque.

Elle a appelé la communauté internationale à "considérer avec prudence le compte-rendu du gouvernement chinois (...), car le gouvernement chinois omet constamment de produire des preuves pour conforter ses affirmations".

Mme Kadeer a exhorté Pékin de "s'abstenir d'utiliser cet événement pour réprimer davantage les Ouïgours pacifistes".

L'attaque "ne servira qu'à accroître la répression du peuple ouïgour et à exacerber les tensions entre les Ouïgours et les Chinois Han", a-t-elle dit.

Près de 10 millions de musulmans, dont les Ouïgours (des turcophones), vivent au Xinjiang, région de l'extrême ouest chinois, aux confins de l'Asie centrale. Certains groupes continuent à se battre pour l'indépendance du Turkestan oriental, qui a connu une existence éphémère avec deux Républiques entre 1930 et 1949.

Mme Kadeer a été emprisonné en 1999 pour livraison de "secrets d'Etat" à une délégation parlementaire américain en visite au Xinjiang. Elle a été libérée en mars 2005 et s'est exilée aux Etats-Unis.

Source: http://www.aujourdhuilachine.com/informations-chine-xinjiang-la-dissidente-kadeer-appelle-pekin-a-ne-pas-reprimer-les-ouigours-8441.asp?1=1

Chine: 16 policiers tués dans une attaque au Xinjiang à quatre jours des JO

Des policiers chinois en patrouille à Kashgar, dans le Xinjiang, le 4 août 2008

URUMQI (AFP) — A quatre jours du coup d'envoi des jeux Olympiques de Pékin, un attentat contre la police dans l'ouest musulman de la Chine a fait lundi 16 morts et 16 blessés.

L'attaque visant un poste de la police des frontières à Kashgar, dans la région du Xinjiang, qui serait de nature "terroriste" selon les autorités chinoises, a été perpétrée par deux assaillants à 08H00 (00H00 GMT), a indiqué l'agence officielle Chine Nouvelle.

Les deux suspects appartiennent à l'ethnie ouïghoure, des musulmans turcophones, a précisé l'agence.

A bord d'un camion, les deux hommes ont foncé sur un groupe de 70 policiers qui faisaient leur jogging matinal, a précisé l'agence officielle. Ils sont sortis du camion en lançant des engins explosifs artisanaux et ont poignardé des policiers.

Quatorze policiers sont morts sur place et deux autres pendant leur transfert vers l'hôpital. L'un des deux assaillants, arrêtés immédiatement après l'attentat, a perdu un bras, a ajouté l'agence officielle.

Les débris de cinq engins explosifs ont été retrouvés sur les lieux.

Siegfried Maurer, un Allemand qui était descendu avec son épouse dans un hôtel proche, a relaté avoir été réveillé par "deux énormes explosions", avant d'être consigné dans sa chambre quatre heures.

"(Les policiers) ont vérifié nos appareils photo numériques pour voir si nous avions des photos de l'attaque", a précisé M. Maurer.

Le porte-parole du Congrès mondial des Ouïghours, basé en Europe, a confirmé l'attaque, en citant des sources locales.

Dilxat Raxit n'était cependant pas en mesure d'indiquer si les assaillants appartenaient à l'ethnie ouïghoure, des musulmans turcophones, qui, selon lui, ont souffert d'importantes discriminations en amont des JO "parce qu'ils sont systématiquement considérés comme des terroristes".

Les autorités chinoises n'ont pas établi pour l'instant si cette attaque non revendiquée, à plus de 4.000 km de Pékin, avait un lien avec les jeux Olympiques qui s'ouvrent vendredi dans la capitale chinoise.

"Nous devons vérifier", a déclaré Sun Weide, porte-parole du comité d'organisation des JO (Bocog).

Le Comité international olympique (CIO) n'a pas souhaité commenter l'attaque, renouvelant sa confiance à la Chine pour "faire tout ce qui est humainement possible" pour assurer que les JO se dérouleront "en toute sécurité", selon sa porte-parole Giselle Davies.

"C'est un incident en Chine, nous ne devrions pas établir automatiquement un lien quelconque avec les jeux", a-t-elle déclaré.

Les organisateurs des JO ont assuré ne pas avoir de crainte pour la sécurité de la flamme à Pékin, lors du relais de mercredi à vendredi.

"Les différents départements de la police de Pékin ont pris des précautions détaillées pour le relais", a déclaré Sun Xuecai, un des responsables du parcours à Pékin.

"Nous avons mis en place un système de commandement et de contrôle efficace" pour les Jeux, a affirmé Sun Weide, le porte-parole du Bocog.

L'armée chinoise a notamment déployé plus de 34.000 soldats, 121 avions et hélicoptères et 33 navires.

A Hong Kong où auront lieu les épreuves d'équitation, le dispositif de sécurité pourrait être revu à la hausse.

Pour Nicholas Bequelin, qui suit la Chine pour l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch, "si les 16 morts sont confirmés, il s'agira du plus lourd bilan jamais enregistré dans une attaque" au Xinjiang.

En 1997, une série d'attentats à la bombe à Urumqi, capitale de la région, avait fait 9 morts et 74 blessés dans trois autobus.

Ces derniers mois, les autorités chinoises ont affirmé faire face à des menaces terroristes visant les JO, en provenance notamment du Xinjiang.

Selon Chine Nouvelle, les responsables régionaux de la sécurité ont récemment récolté des "éléments suggérant que le Parti islamique du Turkestan oriental (ETIM) prévoyait de mener des attaques entre le 1er et le 8 août".

Fin juillet, ce groupe séparatiste ouïghour, qui cherche à établir un Etat indépendant au Xinjiang, a revendiqué plusieurs attentats en Chine.

Source: http://afp.google.com/article/ALeqM5h9ZTvumnI6PSzgVPBW4iWgoMY1-Q

Un homme tente de s'immoler par le feu devant l'ambassade chinoise à Ankara lors d'une manifestation ouïghour

AP | 08.08.2008 | 14:52

Un homme s'est aspergé d'essence et a tenté de s'immoler par le feu lors d'une manifestation vendredi devant l'ambassade de Chine à Ankara, la capitale de la Turquie.

Un photographe de l'Associated Press présent sur les lieux a déclaré que l'homme participait à une manifestation de membres de la communauté ouïghour organisée le jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin.

La police et d'autres manifestants se sont précipités sur l'individu pour éteindre les flammes. L'homme a été transféré vers un hôpital, mais on ne disposait pas d'informations sur son état de santé dans l'immédiat.

La population ouïghour est animée par des ressentiments envers le pouvoir central de Pékin et souhaitent l'indépendance ou une autonomie accrue pour leur province du Xinjiang (nord-ouest de la Chine), qui représente un sixième de la superficie du pays et possède des frontières avec plusieurs pays d'Asie centrale. Les Ouïghours font partie des populations turcophones de l'Asie centrale, et sont également présents en Turquie. AP

Source: http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/international/asiepacifique/20080808.FAP9097/un_homme_tente_de_simmoler_par_le_feu_devant_lambassade.html

La Chine intensifie la répression dans l'Ouest musulman

Frédéric Bobin

Au nom de la lutte contre le "terrorisme", le gouvernement de Pékin mène une sévère campagne d'éradication à l'encontre des activistes séparatistes ou religieux. Il a obtenu des voisins de la région du Xinjiang qu'ils expulsent les Ouïgours qui s'y étaient réfugiés. Le sentiment d'aliénation des Ouïgours, forcés au silence, s'aiguise.
Yining (région du xinjiang) de notre envoyé spécial

Il pleut sur Yining. Des gouttes d'eau filtrent au travers de la bâche en plastique bleu tendue sur l'étal de pastèques. Les vendeurs de brochettes de mouton ont replié leur caisson de charbons ardents. Ce soir, les trottoirs de la rue Hanren Jie se vident plus tôt que d'ordinaire. Sous la bâche détrempée, les jeunes Ouïgours se sentent comme rassurés. La foule dissoute, c'est autant d'oreilles indiscrètes en moins.

Alors ils parlent. Ils ne craignent même pas d'élever la voix. "Vous aimez le Xinjiang ?", interroge l'un deux. Poliment, on répond par l'affirmative. "Non, le Xinjiang, ce n'est pas bien", enchaîne le jeune questionneur ouïgour. "Il y a trop de monde, il y a trop de Hans -Chinois-, précise-t-il. On ne trouve pas de travail. Les jeunes ne vont même plus à l'école. A quoi cela sert-il ? Les diplômés ne trouveront pas de travail."

Assis à ses côtés sur un tabouret, Abdullah, vendeur de brochettes d'une trentaine d'années, se fait plus politique : "Historiquement, le Xinjiang nous appartient. Mais, maintenant, il est occupé par les Chinois, qui s'installent ici de plus en plus nombreux. On en souffre." Abdullah veut fuir le Xinjiang à tout prix. Il aspire à d'autres horizons. Il rêve de vendre des brochettes "à Paris, à New York, à Tokyo..." Aussi loin du Xinjiang que possible.

Le quartier de la rue de Hanren Jie, bazar de Yining aux mille senteurs, est hanté par un souvenir, celui des sanglantes émeutes du 5 février 1997. Des dizaines de morts, des centaines de blessés - Ouïgours abattus par la police armée, mais aussi Hans victimes de représailles ethniques -, des milliers d'arrestations, le couvre-feu imposé : les événements de Yining, ville située à proximité de la frontière avec le Kazakhstan, ont été les plus graves, depuis les années 1960-1970, ayant secoué la région musulmane du Xinjiang, appelée aussi Turkestan chinois (les Ouïgours sont turcophones).

FORCES CENTRIFUGES

Sept ans après les faits, la ville a apparemment retrouvé sa sérénité. Apparemment, car le sentiment d'aliénation des Ouïgours face aux Hans toujours "plus nombreux" - et devenus majoritaires dans la région - s'aiguise chaque jour davantage bien qu'il soit forcé au silence. A l'instar de la plupart des villes "chinoises", le centre-ville offre le spectacle d'une scintillante modernité urbaine avec ses boulevards élargis et ses complexes commerciaux tapissés de publicités pour des marques de prestige.

Yining, en tout cas son centre-ville, bénéficie à l'évidence des flux financiers drainés par la politique de "l'ouverture vers l'Ouest" (xibu da kaifa) que Pékin a engagée à la fin des années 1990 dans un double but : désenclaver économiquement les provinces intérieures négligées par la croissance et, surtout, neutraliser les forces centrifuges de type séparatiste, au Tibet et au Xinjiang par exemple.

Le capital arrive. Des entreprises shanghaïennes - de nombreux Shanghaïens ont été envoyés au Xinjiang sous Mao - ont récemment investi à Yining. Et une petite minorité de nouveaux riches ouïgours émerge, à l'instar de Nuertai Aji, célèbre tycoon autochtone. "A Yining, les plus pauvres sont ouïgours, mais les plus riches sont aussi ouïgours", entend-on souvent en ville.

Mais l'économie n'explique pas tout. Si Yining n'a plus connu de soubresauts politiques depuis 1997, c'est surtout à cause de la poigne de fer que Pékin y a imposée. "Les Ouïgours se sont calmés, car leurs meneurs ont tous été emprisonnés, explique un restaurateur hui -musulman mais non ouïgour-. Ils n'osent plus bouger. Le gouvernement est d'une extrême sévérité à leur égard." Dernière illustration en date de cette sévérité, vingt jeunes Ouïgours viennent d'être condamnés dans l'extrême ouest du Xinjiang, autour de la région de Kashgar, en raison de leurs liens avec un prétendu "Parti de l'islam". L'un d'eux a été condamné à mort et exécuté le 19 juillet.

Le gouvernement chinois a conforté sa posture répressive au Xinjiang depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Il parvient plus aisément à la faire avaliser sur la scène internationale au nom de la lutte antiterroriste, confondant sans scrupule simples revendications ethniques et islamisme radical ou séparatisme violent.

Amnesty International vient de dénoncer ce mélange des genres dans un récent rapport : "La répression contre "les séparatistes, les terroristes et les religieux extrémistes" a continué ces trois dernières années alors qu'aucune "attaque terroriste" n'a été officiellement rapportée." On peine en effet à tenir la chronique de prétendues actions "terroristes" dans le Xinjiang.

REGARDS APEURÉS

Amnesty International s'inquiète en outre que la géopolitique régionale soit de plus en plus hostile aux réfugiés ouïgours. Un nombre croissant d'entre eux - même lorsque leur statut a été garanti par le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés - sont ainsi refoulés des Etats voisins d'Asie du Sud (Pakistan, Népal) ou d'Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan) où ils se sont exilés. De retour en Chine, ils sont sévèrement condamnés, voire exécutés.

Dans ce contexte, Amnesty demande aux Etats-Unis de ne pas rapatrier en Chine les 22 détenus ouïgours de Guantanamo. La base américaine de Cuba a reçu la visite, en septembre 2002, d'une délégation chinoise qui a longuement interrogé ces prisonniers ouïgours capturés en Afghanistan.

Ce renforcement de la pression pékinoise au Xinjiang se lit dans les réponses fuyantes et dans les regards inquiets, apeurés, des Ouïgours interrogés sur le climat politique ambiant. Appelons-la Adila. Agée de 27 ans, elle est étudiante à l'université d'Urumqi, la capitale provinciale du Xinjiang. Elle est passionnée de littérature, écrit des poèmes "romantiques".

Le restaurant kazakh de Yining où on la rencontre ne lui inspire aucune confiance. Elle est anxieuse. Elle se retourne constamment. Elle chuchote de peur d'être entendue. Ses propos ne sont pourtant guère subversifs. Si elle avoue avoir été quelques années plus tôt "politisée", "antichinoise", elle précise qu'elle a évolué depuis. "Si les Ouïgours se sentent exclus du marché du travail, c'est parce qu'ils ne travaillent pas assez, dit-elle. On ne peut pas en faire porter nécessairement la responsabilité aux Chinois."

Le pense-t-elle vraiment ? Le croit-elle alors qu'elle rapporte simultanément la marginalisation de la langue ouïgoure à l'université ? "Dans mon département, il n'y a guère qu'un tiers des cours dispensés en ouïgour, témoigne-t-elle. Le reste l'est en mandarin."

La vérité est qu'Adila est terrorisée et regrette presque d'avoir accepté cet entretien. "Vous savez, murmure-t-elle, il y a des espions partout. Je pourrais être arrêtée pour parler ainsi politique à un étranger. Je connais des gens autour de moi qui sont maintenant en prison pour avoir exprimé leurs opinions. J'ai peur..."

Source: http://www.lemonde.fr/web/recherche_resumedoc/1,13-0,37-863695,0.html

jeudi 7 août 2008

Bush «planifie une rebuffade olympique» quant aux droits en Chine

Écrit par Lisa Ou et Jason Loftus, La Grande Époque
07-08-2008

Le président américain, George W. Bush, en compagnie de dissidents chinois le 29 juillet 2008
Le président américain, George W. Bush, en compagnie de dissidents chinois le 29 juillet 2008 à la Maison-Blanche. De gauche à droite : Ciping Huang, Wei Jingsheng, Sasha Gong, Alim Seytoff (interprète), Rebiya Kadeer, Harry Wu et Bob Fu. (Eric Draper/White House)
Le président américain, George W. Bush, compte utiliser sa visite aux Jeux olympiques (JO) de Pékin pour embarrasser le régime chinois en discutant publiquement des violations des droits de l’Homme, indique un célèbre dissident chinois ayant rencontré M. Bush la semaine dernière. Wei Jingsheng indique que Pékin a mis Bush dans l’embarras, lui qui avait annoncé depuis longtemps sa présence à la cérémonie d’ouverture des Jeux, car le régime n’a pas respecté ses promesses quant à l’amélioration des droits de l’Homme et de la liberté de presse avant les JO.

M. Wei s’est entretenu avec La Grande Époque après sa rencontre avec le président Bush à la Maison-Blanche. M. Bush «aurait assuré» le groupe de dissidents chinois invités, incluant la Ouighour Rebiya Kadeer, qu’il utiliserait «chaque occasion», y compris durant des rencontres et devant les médias, pour parler des prisonniers politiques et des restrictions de la liberté religieuse en Chine.

Bush s’est fait critiquer pour son choix d’assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux, en raison de la situation des droits de l’Homme. Certains chefs d’État, dont le premier ministre canadien, Stephen Harper, et la chancelière allemande, Angela Merkel, n’y seront pas.

Wei Jingsheng affirme que le gouvernement américain a rencontré en privé des responsables chinois en prévision des Olympiques afin d’exhorter le régime à faire certaines concessions au niveau des droits de l’Homme. Le régime aurait refusé de respecter ses promesses dans ce domaine.

Des dissidents et des pratiquants de Falun Gong ont été arrêtés en grand nombre cette année, évidemment pour empêcher toutes manifestations publiques durant les Jeux. À Pékin, les journalistes étrangers se sont plaints de la censure de l’Internet. Des organisations telles Amnesty International et Reporters sans frontières ont souligné que la situation générale des droits de l’Homme s’est aggravée au fur et à mesure du rapprochement des JO.

«Il n’y a pas eu la moindre amélioration chez le régime communiste et c’est très embarrassant pour l’administration Bush. C’est extrêmement difficile pour l’administration au sein du pays, face au Parti républicain et au Congrès», indique Wei Jingsheng.

Wei croit que cela a mis le gouvernement américain «en colère et dans l’embarras», et c’est pourquoi Bush a dû prendre une position plus ouverte sur les droits de l’Homme en Chine.

En fait, la rencontre de la semaine dernière entre les dissidents chinois et le président Bush était en soi une rebuffade à Pékin.

Selon Wei, les dissidents n’ont été joints que le soir du 28 juillet pour les inviter à rencontrer le président le lendemain matin à 11 h 30, le même jour qu’il devait rencontrer le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang Jiechi, de passage aux États-Unis.

Le communiqué de presse de la Maison-Blanche a donné beaucoup d’importance aux dissidents chinois, y incluant une photo du président en leur compagnie. Seule une brève mention à la fin indiquait que M. Bush a aussi «fait un saut» à la rencontre avec le ministre chinois.

«Pour les communistes chinois, c’est un signal clair que le gouvernement américain est très préoccupé par le problème des droits de l’Homme en Chine», estime Wei Jingsheng.

Ce geste a attiré la foudre des médias étatiques chinois, qui ont affirmé que le président américain avait envoyé un «vraiment mauvais» message, tout en qualifiant les dissidents de «forces hostiles anti-Chine» et de «séparatistes» impliqués à «nuire à la sécurité nationale et à la stabilité sociale de la Chine».

«Les communistes chinois sont extrêmement terrifiés de cette rencontre», croit M. Wei. «[Ils ont] invité tous les dirigeants mondiaux à assister à la cérémonie d’ouverture dans le seul but de ne pas perdre la face et de montrer que tous les gouvernements occidentaux appuient le régime communiste.»

«Les actions de Bush disent aujourd’hui : “En fait, je ne vous appuie pas.”»

Source: http://www.lagrandeepoque.com/LGE/content/view/4704/104/

mardi 5 août 2008

Terrorisme ouïghour: fausse piste ou vraie manipulation ?

Par Nicolas Vescovacci

Article publié le 05/08/2008 Dernière mise à jour le 06/08/2008 à 08:09 TU

Au lendemain de l'attentat de Kashgar qui a fait 16 morts, la police chinoise a renforcé la sécurité dans le Xinjiang, cette province du nord-ouest de la Chine. Après avoir été prudent sur les auteurs de l’attaque, Pékin accuse désormais un mouvement nationaliste ouïghour : le mouvement pour le Turkestan oriental qui est considéré depuis 2002 par les Nations unies comme un groupe terroriste. Sur les lieux de l'attentat, la police aurait trouvé des documents de propagande appelant à la « guerre sainte ». La Chine affirme que les auteurs de l’attentat sont partis en guerre contre les Jeux Olympiques. La communauté ouïghour de l’étranger dénonce l’attitude du gouvernement chinois. Selon ses représentants, Pékin instrumentaliserait la menace ouïghour pour accentuer sa répression à l’égard de ces populations.

Le Xinjiang, l'une des cinq régions autonomes de Chine, s'étend sur 1 646 800 km².(Carte : E. Dupard/RFI)

Le Xinjiang, l'une des cinq régions autonomes de Chine, s'étend sur 1 646 800 km².
(Carte : E. Dupard/RFI)


Les Ouïghours sont un peuple turcophone et musulman d’origine mongole. Ils font partie des 56 nationalités reconnues officiellement par la République populaire de Chine. Installés au Xinjiang (ancien Turkestan oriental) depuis près de mille ans, l’ethnie ouïghour ne compte aujourd’hui que huit millions de personnes sur les vingt millions d’habitants qui résident dans la province chinoise. Le Xinjiang est un territoire aride et désertique : c’est un sixième de la Chine, au cœur de l’Asie centrale, agissant comme une zone tampon entre le monde chinois et le monde turco-mongol. Rattachée à l’empire chinois en 1884, cette région dont la capitale est Urumqi a longtemps été un carrefour d’influences, une terre de rivalités, connue le plus souvent sous le nom de Turkestan chinois, avant que Pékin ne baptise cette terre lointaine « Xinjiang », ce qui signifie « nouvelle frontière ».

Le Xinjiang regorge de richesses naturelles

Ce Far-West chinois, les autorités centrales vont le coloniser pour l’exploiter. Le Xinjiang regorge de richesses naturelles : on y trouve du pétrole, de l’uranium, ou encore du minerai de fer. Mais pas question de confier, ces « trésors » aux populations locales. Les Ouïghours seraient trop rebelles et peu fiables.

Pour affirmer sa politique de développement, Pékin envoie, au début des années 1990, des populations Han en grand nombre, l’ethnie majoritaire. A l’instar du Tibet, le gouvernement veut tout contrôler : les richesses, les populations locales, même si officiellement la région du Xinjiang dispose d’un statut de province autonome.

« Cette autonomie n’existe pas dans les faits », explique Isa Dolkun, l’un des représentants du Congrès mondial ouïghour, la principale organisation de la diaspora basée à Munich en Allemagne. « Depuis des années, nous souhaitons négocier pacifiquement avec les Chinois pour que nos droits à l’autodétermination soient un jour reconnus ».

Les Ouïghours chérissent le temps où leur territoire était indépendant. Il l’a été à deux reprises. La première fut brève, à peine quelques mois. En novembre 1933, après une révolte dans le sud du Xinjiang, un fief anticommuniste, les émirs du Khotan créent la première république du Turkestan oriental, appelée aussi république islamique du Turkestan oriental. Mais l’aventure indépendantiste se termine en février 1934. Les luttes de clans exacerbées par l’ambition démesurée de potentats chinois quasi-indépendants de Pékin auront raison de la jeune république. L’intervention des soviétiques, très influents dans cette région, a aussi joué un rôle important.

Il faut attendre 1944 pour qu’une deuxième république du Turkestan oriental voie le jour. Elle est dirigée par des turcophones qui proclament leur indépendance, cette fois, avec la bénédiction de Moscou. L’aventure sera là aussi de courte durée car le Xinjiang revient dans le giron chinois en 1949. Mao vient de créer la République populaire de Chine. Depuis, la Chine communiste a gardé la haute main sur ces territoires, sans jamais lâcher un pouce de terrain, sans jamais examiner les velléités ouïghours d’autonomie ; ce qui explique en grande partie la radicalisation d’une infime partie de la population du Xinjiang.

La résistance ouïghour

La résistance ouïghour remonte à la fin des années 1980. Plusieurs groupes nationalistes apparaissent avec un objectif commun : le rétablissement de la souveraineté ouïghour sur l’ancien Turkestan oriental. Le plus connu s’appelle le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM) qui s’est fait connaître à la faveur de plusieurs attaques spectaculaires contre des intérêts chinois.

Les troubles s’intensifient en 1990. Les Soviétiques viennent de se retirer d’Afghanistan et accordent l’indépendance à trois républiques musulmanes de l’ex-URSS dont le Kirghizistan. En avril, des émeutes éclatent près de Kashgar. Elles font officiellement vingt-deux morts, au moins soixante victimes de source occidentale. Le 5 février 1997, les policiers et les paramilitaires chinois tirent sur une foule de manifestants qui réclament la libération de jeunes ouïghours arrêtés la veille. Le bilan est lourd : cent soixante-sept morts. Des milliers de personnes sont mises en prison, accusées de vouloir diviser la patrie, de mener une activité criminelle et fondamentaliste. Bref, d’être des éléments contre-révolutionnaires.

Pour la Chine, aucun doute possible : les éléments ouïghours les plus radicaux sont des terroristes liés aux extrémistes islamistes. Les Ouïghours de la diaspora démentent ces accusations. Mais après les attentats du 11 septembre 2001, les Nations unies et les Etats-Unis donnent raison à la Chine. L’ETIM est alors mis sur la liste internationale des organisations terroristes liées à al-Qaïda.

Qui se cache derrière l'ETIM ?

Qui se cache derrière ce mouvement islamique du Turkestan oriental ? Personne ne le sait vraiment. Il regrouperait une quarantaine de membres actifs et bénéficierait de réseaux clandestins de solidarité. Certains militants ont combattu en Afghanistan. Mais quelle est leur véritable implantation au Xinjiang ? Leurs armements ? Leurs moyens financiers? Là encore, beaucoup de questions. Peu de réponses !

Les observateurs reconnaissent à l’ETIM un pouvoir de nuisance mais doutent de ses capacités opérationnelles. Ce groupe n’aurait donc pas réellement les moyens de sortir de sa base, de menacer les Jeux Olympiques, de menacer Pékin.

Thierry Kellner, spécialiste de l’Asie centrale et de la question ouïghour à l’Université Libre de Bruxelles explique que « ce n’est certainement pas dans l’intérêt de l’ETIM ou bien d’autres groupes nationalistes ouïghours de faire parler d’eux au moment des JO, car ils savent qu’ils prendraient le risque de s’exposer à une répression féroce. Et ils ne feraient pas avancer leur cause ».

Longtemps très prudentes, les autorités chinoises n’ont d’ailleurs jamais fait de publicité à l’ETIM, évitant à dessein de lui attribuer la responsabilité de certains attentats. La position du gouvernement chinois a pourtant évolué ce mardi 5 août lorsque, pour la première fois, des officiels chinois ont accusé ouvertement l’ETIM d’avoir tué 16 policiers chinois dans la ville de Kashgar, en plein cœur du Xinjiang.

La police chinoise a tenu à préciser qu’elle avait retrouvé sur les lieux de l’attentat des documents écrits appelant au « jihad », autrement dit la « guerre sainte ». La démonstration est une nouvelle fois limpide : pour les Chinois, les terroristes de l’ETIM sont liés à al-Qaïda et à l’internationale islamiste.

Les Ouïghours de la diaspora démentent

Les Ouïghours de la diaspora rejettent une nouvelle fois cette analyse, précisant que les l’ETIM ou les mouvements nationalistes ouïghours n’ont jamais revendiqué de telles filiations. Qu’ils n’ont jamais exigé l’instauration de la charia ou l’établissement d’un califat. Leurs motivations semblent toujours avoir été territoriales et politiques. Toutefois, Thierry Kellner souligne « qu’il n’est pas impossible que des éléments ouïghours radicaux aient pris l’initiative d’attaquer ces policiers chinois parce qu’ils ne peuvent plus supporter la répression. Un coup d’éclat, avant les JO de la part d’un groupe isolé ne peut pas être exclu. C’est une piste à envisager ». La personnalité des auteurs présumés de l’attaque du 4 août 2008 confirmerait cette hypothèse. Selon la police, les deux Ouïghours en garde à vue sont tous les deux originaires de Kashgar. L'un est marchand de légumes, l'autre chauffeur de taxi.

Dans ce contexte, certains observateurs se demandent si le gouvernement chinois n’est pas en train d’instrumentaliser l’attaque de Kashgar pour assouvir sa volonté de puissance, légitimer de nouvelles mesures de sécurité dans la région et obtenir le soutien de la communauté internationale. Les Chinois ont par le passé déjà eu recours à cette stratégie. Les huit millions de Ouïghours sont les premières victimes de cette politique : une population modérée et pacifique dans sa très grande majorité qui n’aspire qu’à vivre en paix.

Source: http://www.rfi.fr/actufr/articles/104/article_69384.asp

lundi 4 août 2008

Xinjiang: l’étau chinois se resserre sur les «terroristes étrangers»

«La police du Xinjiang a déjà arrêté 18 terroristes originaires de l’étranger», a déclaré le secrétaire du parti communiste chinois de Kashgar (situé dans l’ouest du pays). L'annonce de ce coup de filet survient au lendemain de l'attentat qui a provoqué 16 morts parmi les policiers chinois dans la ville de Kashgar. Les dates des arrestations n'ont pas été précisées.




Après l'attentat de Kashgar, lundi, la police redirige journalistes et passants

Dix-huit «terroristes étrangers» ont été arrêtés dans la province musulmane du Xinjiang, au lendemain de l'attentat meurtrier contre des policiers à Kashgar.

Les deux auteurs de l’attentat meurtrier avaient été trouvés en possession de documents appelant à la guerre sainte islamique, toujours selon la police chinoise.

Les policiers affirment avoir également retrouvé sur les lieux de l’attentat des composants d’engins explosifs similaires à ceux saisis lors d’un raid policier contre un camp du Parti islamique du Turkestan oriental (ETIM) en janvier 2007. L’ETIM est la frange extrémiste du mouvement indépendantiste ouïgour.

C’est la première fois que les autorités chinoises citent l’ETIM comme pouvant être impliqué dans l’attentat survenu à quatre jours du début des JO de Pékin, l’un des plus meurtriers en Chine de ces dernières années.

Pour les autorités chinoises, les «terroristes» essaient de «mener une guerre violente et psychologique contre les jeux Olympiques".

Ce mardi à Kashgar, la sécurité a été considérablement renforcée, selon Chine Nouvelle, la seule source d’information autorisée par le pouvoir. La tension était palpable dans l’ensemble de la région du Xinjiang. Les accès à internet ont été fermés, les journalistes mis sous pression et suivis par des policiers en civil.

Les Ouïghours, dont certains sont accusés par Pékin de mener des actions indépendantistes violentes, se plaignent d’être victime de répression et de discriminations de la part du gouvernement central et de l’ethnie allogène han.

Source: http://www.liberation.fr/actualite/monde/343173.FR.php