Trois gardes ont été tués à Kashgar mardi 12 août. C'est le troisième attentat en une semaine dans le Xinjiang. Qui est derrière ces attaques ?
Pour se lancer dans des actions comme ça, il faut quand même former un réseau, être radicalisé, cela nécessite un minimum de préparation. On est face à des groupes qui veulent profiter de la lucarne médiatique liée aux Jeux olympiques. Il y a toujours eu soit des réseaux opérationnels, soit des groupes de jeunes qui se montent pour faire parler des problèmes ouïgour.
Il est quand même frappant de voir qu'il y a eu une action très sanglante. Si elle est le fait de franges nationalistes, c'est mal joué, car cela peut leur aliéner le soutien occidental. Il y a aussi des franges islamistes : certaines non violentes, mais d'autres plus structurées, qui visent à avoir le soutien des réseaux islamiques internationaux et qui se moquent de l'opinion publique occidentale.
Qu'est-ce qui motive le ressentiment de certains groupes de la population ouïgour ?
D'abord la revendication d'une autonomie réelle. Le Parti communiste chinois exerce un contrôle étroit sur l'administration de la Région autonome ouïgour, dont l'autonomie est fictive. Deuxième point : la colonisation démographique des Hans, passés de 6 % autour de 1949 à environ 40 % aujourd'hui. Il y a toutes sortes de récriminations. Contre les corps de construction et de production du Xinjiang, qui, en colonisant, captent les terres et entrent en compétition avec les paysans ouïgour. Troisième problème assez mal vécu par les Ouïgour, la politique de contrôle des naissances. Limiter le nombre d'enfants dans ces familles va à l'encontre des traditions - les minorités ethniques ont droit à un enfant de plus que les Hans. Quatrième facteur, le tour de vis : dans les années 1980, le contrôle du parti sur la société s'était relâché. Les Ouïgour pensaient pouvoir négocier.
Dans les années 1990, tout s'est durci : pour éradiquer les réseaux d'opposition qui se structurent, le parti met en place un appareil de contrôle juridique très restrictif, notamment en matière culturelle et religieuse. Les meshrep, réunions traditionnelles, qui se politisent, sont interdites. Or c'étaient des lieux de socialisation. Idem pour l'islam : il devient ultracontrôlé. Dans les années 1980, des madrasas (écoles coraniques) souterraines avaient émergé. Quand ces écoles ont été fermées, c'est à partir de ces réseaux d'étudiants que se sont structurés les mouvements islamistes des années 1990. Aujourd'hui, les imams sont extrêmement surveillés. Tout ça crée du ressentiment.
Le gouvernement chinois exagère-t-il la menace islamiste au Xinjiang ?
Depuis 2001, ce qui nuit à la crédibilité du gouvernement chinois, c'est que dès qu'il se passe quelque chose au Xinjiang, chaque cellule démantelée, chaque action violente ou pas, est attribuée à l'ETIM (Mouvement de libération du Turkestan oriental) - sous prétexte que les Américains avaient reconnu ce mouvement. Or les cellules nationalistes n'ont rien à voir avec le monde du djihadisme international. Il y a des événements qui ne sont pas politiques à la base : par exemple, un père de famille ouïgour qui s'attaque au représentant du bureau du contrôles des naissances. Il y a aussi des règlements de comptes entre fonctionnaires qui profitent un peu trop de leurs prérogatives. On voit l'ETIM partout, or ce n'est pas aussi simple que ça.
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