Par Dan MARTIN

Un calme étrange régnait vendredi à Kashgar, ville musulmane chinoise frappée par un attentat meurtrier lundi, alors qu'une vidéo attribuée à un groupe séparatiste ouïghour menace les jeux Olympiques de Pékin.
Les forces de l'ordre quadrillaient discrètement la ville, soumise à de plus grands contrôles depuis cette attaque spectaculaire attribuée à des séparatistes islamistes, dans laquelle 16 policiers ont trouvé la mort.
L'activité semblait normale dans cet oasis de la Route de la Soie, à 4.000 km à l'ouest de Pékin. Des boulangers ouïghours sortaient des petits pains ronds des fours en briques sur le trottoir, dans la cacophonie d'une multitude de modestes taxis verts bringuebalants.
Depuis lundi, de nombreux habitants s'attendaient à ce que les autorités réduisent l'activité et leur demandent de regarder la cérémonie d'ouverture des JO vendredi soir sur leur téléviseur à la maison. "Personne ne sait à quoi s'attendre. Nous n'avons rien entendu. Mais on espère que tout se passera bien aujourd'hui, il ne devrait pas y avoir de problème", estime Abduxkur, un commerçant qui ouvre les portes de son magasin.
La municipalité n'était pas immédiatement joignable vendredi, mais il n'y avait aucun signe en ville de festivités pour la soirée.
A Kashgar, les Ouïghours, des musulmans turcophones d'Asie centrale, représentent 90% de la population. Beaucoup se plaignent de persécutions sur le plan politique ou religieux. Des policiers étaient stationnés à certains grands carrefours, ce qui n'a rien d'inhabituel à Kashgar, où la sécurité est toujours assez présente en raison de tensions persistantes dans cette région du Xinjiang, située à l'extrême ouest de la Chine.
Jeudi, deux centres américains de surveillance d'organisations extrémistes ont fait état d'une vidéo menaçant les JO d'actions terroristes, attribuée au Parti islamique du Turkestan (TIP) qui réclame l'indépendance du Xinjiang.
Un orateur masqué, portant un turban noir, une veste de camouflage et brandissant un fusil d'assault, y appelle les musulmans à maintenir leurs enfants loin des lieux des compétitions sportives.
"Ne montez pas dans le même bus, le même train, le même avion, ne rentrez pas dans les mêmes immeubles ou tout endroit où se trouvent des Chinois", déclare-t-il en langue ouïghoure. A Kashgar, plusieurs personne interrogées n'avaient pas entendu parler de cette vidéo.
La ville s'était figée pendant une heure jeudi matin, pour rendre hommage aux 16 policiers tués lundi. Jusqu'à 2.000 Ouïghours étaient présents dans la foule, strictement encadrée par les forces de l'ordre, mais plusieurs d'entre eux ont indiqué à l'AFP y avoir été contraints.
Selon les autorités, les deux hommes à bord d'un camion qui ont foncé lundi sur un groupe de 70 policiers à Kashgar, lancé des grenades et poignardé des survivants, cherchaient à créer le chaos à quelques jours des JO.
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